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Gaz de #schiste : «Le gouvernement ne doit pas céder aux sirènes des compagnies»

Gaz de #schiste : «Le gouvernement ne doit pas céder aux sirènes des compagnies»
Par Coralie Schaub
José Bové (EE-LV) à la cour européenne de justice en juillet 2014 au Luxembourg.
José Bové (EE-LV) à la cour européenne de justice en juillet 2014 au Luxembourg.Photo John Thys. AFP

L’eurodéputé EE-LV José Bové demande à l’exécutif de réaffirmer son opposition au gaz de schiste, alors que le rapporteur public du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a donné raison, vendredi, à Total, en demandant l’annulation de l’abrogation de son permis de recherche de Montélimar.

Nouveau rebondissement dans le dossier explosif du gaz de schiste. Beaucoup le croyaient définitivement fermé depuis la loi de juillet 2011 qui a interdit la fracturation hydraulique – technique jugée dangereuse et polluante – et abrogé les permis de recherche y ayant recours. Mais, vendredi matin, surprise : le rapporteur public du tribunal administratif de Cergy-Pontoise (Val-d’Oise) a donné raison à Total, en validant le recours déposé par le géant pétrolier français contre l’abrogation fin 2011 de son permis de Montélimar (qui couvrait plus de 4 000 km2 dans la Drôme, l’Ardèche, le Gard, le Vaucluse et l’Hérault).

Contacté par Libération, l’eurodéputé EE-LV José Bové, qui avait mené la fronde anti-gaz de schiste début 2011, s’insurge contre cet avis jugé«invraisemblable». Et, en attendant le délibéré de l’affaire à la fin du mois, il demande au gouvernement de réaffirmer son opposition aux gaz et pétrole de schiste.

Comment réagissez-vous à cet avis favorable à Total ?

Il est assez incompréhensible. Il y a une dizaine de jours, le même tribunal administratif de Cergy a rejeté une requête similaire de la société américaine Schuepbach, titulaire des permis de gaz de schiste de Nant et de Villeneuve-de-Berg. Le tribunal nous a donné raison et a définitivement abrogé les permis de cette compagnie.

Mais pour Total, on peut s’attendre à une décision radicalement différente puisque, ce matin, le rapporteur a préconisé l’annulation de la décision d’abrogation. Pourquoi ? Parce que, contrairement à Schuepbach, qui a dit clairement qu’il utiliserait la fracturation hydraulique dans le document précisant les techniques employées ou envisagées dans le périmètre de son permis de recherche, Total a dit qu’il n’utiliserait pas la fracturation mais des «techniques qui seront alors disponibles». Le rapporteur a donc considéré qu’il n’y avait pas de raison de lui retirer son permis. C’est invraisemblable ! Car tout le monde sait qu’il n’existe pas d’autre technique disponible que la fracturation pour accéder aux hydrocarbures de schiste piégés dans la roche.

Il y a pourtant des recherches de solutions alternatives…

Oui, mais elles ne sont toujours pas au point. En Algérie ou en Grande-Bretagne, Total utilise la fracturation hydraulique. Après avoir débattu en novembre 2011 lors d’un Forum de Libération à Lyon avec l’ancien PDG de Total, Christophe de Margerie [décédé fin 2014, ndlr], celui-ci m’avait lui-même fait voir des documents internes de la compagnie qui montraient qu’il n’existe pas d’autre technique. Il était «cash». Or là, le rapporteur n’a rien compris, il semble confondre recherche sur les technologies et recherches géologiques. Pour celles-ci, il n’existe toujours que la fracturation hydraulique, mise en œuvre par l’entreprise américaine Halliburton, longtemps dirigée par Dick Cheney, l’ancien vice-président des Etats-Unis.

Il y a comme une différence de traitement entre Total et Schuepbach, un «deux poids deux mesures». On vient d’ailleurs d’apprendre ce matin que ce dernier allait demander 1 milliard d’euros de dommages et intérêts ! Aucun des deux dossiers n’est donc terminé. Cela montre bien qu’il y a une vraie bataille et que les compagnies ne veulent rien lâcher.

Que comptez-vous faire ?

Nous attendons que le jugement soit rendu à la fin du mois. Mais si l’avis du rapporteur est suivi par le tribunal, une nouvelle brèche sera ouverte en France pour les entreprises qui veulent exploiter le gaz et le pétrole de schiste. J’attends une déclaration claire et ferme du gouvernement et du Président de la République, pour qu’ils réaffirment leur opposition au gaz de schiste, qu’ils confirment la loi de 2011 et ne cèdent pas aux sirènes des compagnies.

L’Etat ne se montre pas très pugnace dans cette affaire. Après la COP 21, la conférence de Paris sur le climat de décembre, c’est singulier… Et, à part la Grande-Bretagne ou l’Espagne, plus aucun pays européen ne croit vraiment au gaz de schiste et les compagnies ont abandonné la partie en Pologne. Il serait incroyable que la France donne raison à Total. Ce serait un comble !

Et si c’était le cas, que se passerait-il ?

Total aurait tout de même un problème de droit. Car le permis de Montélimar a été a délivré en mars 2010 pour cinq ans. Il n’est donc plus valable. Et dans le code minier, il n’est pas dit qu’un permis puisse être prolongé suite à un recours juridique. Le débat serait donc politique. De toute façon, s’ils veulent que la mobilisation redémarre sur le terrain, elle redémarrera. Il n’y a pas un forage qui sera possible, pas un camion qui pourra passer.

source de l’article « libération » par Coralie Schaub

Gaz de #schiste : Les torchères allumées sèment le doute

Gaz de schiste : Les torchères allumées sèment le doute

le 30.10.15 | 10h00 

Les habitants d’In Salah et les militants contre l’exploitation du gaz de schiste en Algérie ignorent toujours le devenir du projet, six mois après son gel par le président de la République. Des experts et d’anciens cadres ont accepté de parler des dessous de ce dossier sensible de l’Etat.

«Du projet d’exploitation du gaz de schiste à In Salah, il ne reste que deux torches (pratique qui consiste à brûler dans des torchères le gaz issu de l’extraction) perchées sur un site quadrillé par les militaires et la Gendarmerie nationale.» Un ingénieur pétrolier originaire de cette petite ville du sud de Tamanrasset, qui a connu pendant plus de trois mois une mobilisation sans précédent contre l’exploitation du gaz de schiste en Algérie, affirme : «Les compagnies de services (des sous-traitants aux sociétés pétrolières qui s’occupent entre autres du forage et du coffrage des puits) ont réalisé ce que nous appelons dans le domaine pétrolier le Drill Stem Test (DST) ou le test par tiges de forage.

Mais l’appareil de forage, lui, est démobilisé depuis avril dernier.» Mohamed Saïd Beghoul, ancien directeur de la Division exploitation Oil&Gaz de Sonatrach, explique : «Il n’y a pas eu d’exploration de gaz de schiste à In Salah, car nous connaissons déjà l’état des réserves. Ce n’était qu’une appréciation pour essayer de savoir ce que ces schistes ont dans le ventre. C’est-à-dire l’évaluation du potentiel de production du gaz non conventionnel dans cette région.» Sur les 11 puits prévus, deux seulement ont été forés par les deux compagnies de services, Schlumberger et Haliburton. «Ces compagnies ne sont pas des investisseurs», précise Rabah Reghis, consultant et économiste spécialiste des hydrocarbures et membre du Collectif national pour un Moratoire sur les gaz de schiste (CNMGS).

Coûteux

L’ingénieur pétrolier soulève l’existence d’un troisième puits pour lequel les travaux n’ont jamais été entamés. «Le troisième forage devait être réalisé par Baker Petroleum. Il a été abandonné à cause des contestations, révèle-t-il. Quant au forage vertical, il a été confié à l’Entreprise nationale des travaux aux puits (ENTP)». Selon des proches du dossier, les 31 blocs (terrains contenant du gaz de schiste) mis en vente par Sonatrach n’ont attiré personne.

Quatre appels d’offres ont été lancés, en vain. «Un projet qui n’est pas rentable ne peut attirer les investisseurs. De plus, qui va prendre le risque de nous suivre dans cette affaire ? Personne», explique Rabah Reghis. Total, entreprise pétrolière française annoncée comme exploiteur du projet, a fini pas «se retirer».

Une information évoquée par la firme sur son site internet en janvier 2015, sans explication : «Le permis d’exploitation d’Ahnet étant arrivé à échéance le 6 juin 2014, Total n’y est plus présent depuis cette date». «L’Algérie n’a pas non plus les moyens, à l’heure actuelle, de l’exploiter, assure Rabah Reghis. Avec quoi voulez-vous que l’Etat finance un investissement très coûteux comme celui du gaz de schiste dans une période où plusieurs projets d’utilité publique ont été abandonnés à cause de la chute du prix du baril ?» Abdelmadjid Attar, ancien PDG de Sonatrach (voir interview) n’est pas de cet avis. Pour lui, le gaz de schiste représente l’avenir énergétique de l’Algérie.

Réserves

«Le secteur de l’énergie a décidé de promouvoir la recherche dans l’immédiat et l’exploitation future de ce gaz si les premiers résultats sont positifs et non contraignants, parce qu’il a dû prendre conscience de l’épuisement rapide de nos ressources dans les décennies à venir, et par conséquent de la nécessité de préparer dès maintenant les moyens et les ressources pouvant assurer la sécurité énergétique du pays dans 15 à 20 ans au plus tard», défend-il. Rabah Reghis réplique : «L’Etat a fait croire qu’en exploitant le gaz de schiste, il allait couvrir le déficit causé par la baisse du prix du baril.

C’est faux. Car il y a 1,6 million de kilomètres carrés non exploités encore de gaz conventionnel. Et puis, nous n’avons même pas écoulé les quantités du gaz produit.» L’Algérie dispose encore de 4500 milliards de mètres cubes de réserves en gaz conventionnel. Le prix à la vente des deux gaz, conventionnel et non conventionnel, est le même. La seule différence réside dans leur coût de production. Le gaz de schiste revient plus cher. Quant aux réserves algériennes des deux gaz, elles sont, selon les experts, presque les mêmes.

Mohamed Saïd Beghoul explique que l’Algérie a été prise à contre-pied par les estimations surévaluées données par les Etats-Unis : «C’est l’Agence américaine de l’énergie, spécialiste dans l’évaluation des réserves, qui a fait croire à l’Etat que l’Algérie possédait d’énormes quantités de gaz de schiste. Elle les a estimées à 20 000 milliards de mètres cubes. Ce qui nous met à la 3e place mondiale. Et puis, l’Etat a découvert que ces chiffres étaient surestimés. Nos réserves en gaz de schiste sont évaluées à seulement 5000 milliards de mètres cubes.»

Timimoun

Rabah Reghis ajoute : «Ce projet n’a pas d’avenir et n’existera que sur papier, car il n’est pas rentable. Le gouvernement va s’arrêter le jour où il payera plus qu’il en encaissera. D’ailleurs, aucune personne du gouvernement n’en parle depuis longtemps.» Si des tests ont été réalisés, ces experts avouent ne pas connaître les résultats. «Nous sommes au courant de tout ce qui se passe aux Etats-Unis, mais rien à In Salah. Personne n’a communiqué le débit journalier. Si le débit était bon, l’Etat l’aurait directement communiqué et la nouvelle serait à la une des journaux. Ce qui nous fait croire que les résultats ont été décevants», prédit l’ancien directeur de Sonatrach. Les habitants d’In Salah ne comprennent pas pourquoi les torches sont encore allumées, six mois après le gel du projet par le chef d’Etat.

Mohamed Saïd Beghoul explique : «Le but consiste à connaître la durée de vie des puits car ils n’intéresseront pas l’investisseur s’ils ne débitent que pour quelques mois.» Le seul gaz en dehors du conventionnel qui sera exploité en Algérie, c’est le tight gaz situé par les experts entre le conventionnel et le non-conventionnel. C’est un projet en développement implanté à Timimoun dans la wilaya d’Adrar. 37 puits de production prévus pour un plateau de production de 5 millions de m2/jour. Total détient 37,5% du projet, Cepsa, 11,25% et Sonatrach, 51%. La production débutera à partir de 2017.

Meziane Abane

Source de l’article « el watan« 

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Le gaz de #schiste en Algérie: un mouvement de contestation inédit

Capture mediapart

 

 

 

Le blog de Hocine Malti

Le gaz de schiste en Algérie: un mouvement de contestation inédit

LE GAZ DE SCHISTE EN ALGÉRIE : UN MOUVEMENT DE CONTESTATION INÉDIT 

Hocine Malti, Parlement européen, Bruxelles, 4 juin 2015

La genèse

Tout a commencé il y a une dizaine d’années quand l’Agence américaine de l’énergie a publié une étude dans laquelle l’Algérie était classée troisième au monde pour ce qui est des réserves de gaz de schiste, qu’elle avait estimées à près de 20 000 milliards de m3. Disons tout de suite que ce sont là des chiffres fantaisistes : la même agence, en utilisant les mêmes techniques d’appréciation, s’est trompée dans un rapport de un à cinq pour ce qui est des réserves de la Pologne. Pour la Cali- fornie, ce sont 96 % des réserves qu’elle avait annoncées qui n’existent pas en réalité. En Algérie, cela n’est cependant pas tombé dans l’oreille d’un sourd ; la compagnie nationale des pétroles Sona- trach, se fondant sur ces affirmations, a foré un premier puits de gaz de schiste en 2008.

En parallèle, en 2010-2011, le gouvernement s’est rendu compte que l’Algérie n’attirait plus les investisseurs étrangers, en raison d’une loi sur les hydrocarbures qui était devenue un véritable re- poussoir. Il décida alors de la changer. Il prit attache des compagnies pétrolières étrangères et entre- prit avec elles ce que l’on peut considérer comme des négociations secrètes, dans le but de savoir quelles modifications elles souhaitaient. Elles « suggérèrent » que soit révisé le système de calcul de l’impôt et que soit autorisée l’exploitation du gaz de schiste. Ce que le gouvernement fit dans une nouvelle loi sur les hydrocarbures, entérinée par le Parlement en 2013.

Les multinationales pétrolières ne se bousculèrent pas pour autant au portillon, car elles ne vou- laient pas essuyer les plâtres, tant sur le plan technico-économique qu’au plan des relations avec les populations locales. Preuve en est que lors de l’appel à la concurrence pour l’attribution de permis de recherche de septembre 2014, aucun des dix-sept périmètres censés contenir du gaz de schiste ne trouva preneur. Sonatrach se lança alors seule dans le forage de puits d’exploration. Elle a réalisé, à ce jour (autant que l’on sache, car aucune information ne filtre à l’extérieur), sept à huit puits dont deux sur le permis de l’Ahnet (région d’In-Salah).

La réaction de la population

Dès que l’on sut, déjà en 2012, que la nouvelle loi sur les hydrocarbures allait permettre l’expl- oitation du gaz de schiste, un vent de protestation se mit à souffler sur l’Algérie. Les mouvements associatifs, des spécialistes pétroliers, des journalistes, des responsables politiques, des syndicalistes manifestèrent leur opposition à ce projet. Le mouvement de protestation s’amplifia en 2013, après la promulgation de la loi. Le Premier ministre tenta de calmer le jeu et fit notamment une déclara- tion, dont le moins qu’on puisse dire est qu’elle est malheureuse : il dit que l’exploitation n’était pas prévue avant 2025, voire 2040, comme si le fait de reporter à plus tard la catastrophe la rendait plus acceptable. Il dit aussi que les produits chimiques utilisés lors de la fracturation hydraulique n’éta- ient pas plus nocifs que ceux dont sont imbibées des couches-bébé…

À In-Salah, le mouvement de protestation de la population a été plus puissant que partout ailleurs. Parce que, non seulement le forage des deux puits programmés se déroulait, on peut dire aux portes de la ville (à 28 km à vol d’oiseau), mais aussi parce que des dizaines, voire des cen- taines d’autres puits suivront, dans le cas où il serait décidé d’exploiter le gaz contenu dans ce bas- sin géologique. L’opposition de la population d’In-Salah est d’autant plus légitime qu’elle souffre de traumatismes antérieurs. C’est dans cette région qu’ont eu lieu les expériences atomiques fran- çaises des années 1960 et c’est ici aussi que se déroule une autre opération extrêmement dangereuse pour l’homme et son environnement, celle de la séquestration du CO2 dans le gisement de gaz de Krechba.

Le face-à-face autorités-population

La visite du ministre de l’Énergie, fin décembre 2014, pour inaugurer le premier puits allait mettre le feu aux poudres à In-Salah. Il s’en prenait violemment à la population qui, disait-il, avait montré par ses manifestations contre le gaz de schiste qu’elle voulait du mal à son pays et qu’elle allait en faire un nouvel Irak ou une nouvelle Libye. Dire cela à des gens connus pour leur paci- fisme et qui, après tout, ne réclament rien d’autre que le droit à la vie…

Depuis le 1er janvier 2015, c’est toute la population qui manifeste journellement, du matin au soir sur la place centrale de la ville qu’elle a débaptisée et qu’elle appelle Sahat Essoumoud (place de la Résistance). Il s’est constitué un collectif anti-gaz de schiste composé de vingt-deux membres qui veille à ce que le mouvement demeure pacifique, mais extrêmement ferme dans ses revendications. C’est là un fait inédit en Algérie, et ce pour deux raisons.C’est la première fois que l’on voit autant de femmes dans une manifestation de rue. Ailleurs à travers le pays, on ne voit d’habitude que des hommes et quelques rares femmes noyées dans la foule, alors que là il y a pratiquement autant de femmes que d’hommes. La seconde raison est que l’on a affaire à un mouvement citoyen sans motivations politiques ni matérielles. Cette foule ne dit pas « Bouteflika, dégage ! » et ne demande pas d’argent ou de privilèges particuliers. Et ça, le pouvoir ne sait pas traiter. Il sait comment casser un mouvement de contestation politique. Par la matraque, les gaz lacrymogènes, les arrestations, etc. Par la manipulation et l’infiltration du mouvement : il sait corrompre les leaders ou pousser à la violence les militants. Par le « clonage », en créant un mouvement parallèle, généralement plus extrémiste dans ses revendications affichées pour mieux torpiller l’action des mouvements d’origine. Toutes ces techniques ont été utilisées sans succès à In-Salah. Pour neutraliser un mouvement de contestation à motivation matérielle, le régime algérien sort quelques mil- lions de dollars du Trésor public qu’il distribue aux contestataires et achète ainsi la paix sociale. À In-Salah, ce sont tour à tour le Premier ministre, le chef de la police, le chef de la région militaire qui se sont rendus sur place et ont tenté de calmer les ardeurs de la population. Laquelle rejette toute discussion et n’exige qu’une seule chose : que le président de la République proclame l’arrêt des forages.

La contestation a pris une ampleur particulière au cours du premier trimestre 2015 . On a vu naître un peu partout à travers le pays des collectifs identiques à celui d’In-Salah, qui se sont fédé- rés au niveau national au sein d’un « collectif national Non au gaz de schiste ». Le 23 février, a été adressée au président de la République une demande de moratoire, accompagnée d’un argumentaire extrêmement bien fait dans lequel sont démontrés tous les dangers que comporte la technique de fracturation hydraulique utilisée pour extraire le gaz de schiste de la roche-mère ; les dangers pour la santé de l’homme mais aussi les risques de pollution du sol, du sous-sol, de l’air, de l’eau, no- tamment de la couche albienne qui recèle des dizaines de milliers de milliards de mètres cubes d’une eau fossile, accumulée là depuis la nuit des temps. Cet argumentaire relève également que l’exploitation du gaz de schiste est économiquement non rentable.

Dans la demande adressée au président de la République, en sus de la promulgation d’un mora- toire, il a été proposé qu’ait lieu un débat public, une confrontation d’idées entre les experts ayant préparé l’argumentaire qui y est joint et les spécialistes qui auraient préparé le dossier technique sur lequel s’est appuyé le gouvernement pour autoriser l’exploitation du gaz de schiste. À ce jour, au- cune réponse n’a été donnée par le président de la République à cette requête.

L’« assistance » américaine

Constatant que le mouvement de rejet de l’exploitation du gaz de schiste se propageait rapide- ment à travers le pays et craignent que le « virus » n’atteigne le cœur de la Sonatrach, le pouvoir a fait appel à l’assistance des États-Unis. Le 18 février de cette année il fit inviter par l’IAP (Institut algérien du pétrole) un spécialiste « indépendant » américain qui vint à Alger exposer aux cadres supérieurs de l’entreprise nationale les bienfaits que cela procurerait à l’Algérie. Effectivement, ce spécialiste, Thomas Murphy, directeur du Penn State Marcellus Center of Outreach and Research, ne dit que du bien de la fracturation hydraulique, une technique qui serait, selon son expérience per- sonnelle en Pennsylvanie, sans danger pour l’homme, pour la faune et pour la flore. Il ne fit qu’une seule recommandation, celle d’agir en toute transparence, car, dit-il, les masses populaires sont ignorantes de toutes les retombées positives que procure l’exploitation du gaz de schiste. Il faut savoir que le centre de recherches que dirige M. Murphy est chargé du suivi de l’exploita- tion du gisement de gaz de schiste de Marcellus, l’un des plus grands – si ce n’est le plus grand – aux États-Unis, et que participent au fonctionnement et au financement de ce centre pas moins de trois cents firmes, toutes intéressées à un titre ou un autre par l’exploitation du gisement. Que pou- vait donc dire d’autre M. Murphy, si ce n’est louer les bienfaits de l’exploitation du gaz de schiste ? Le gouvernement connaissait évidemment ce « détail » : c’est en toute connaissance de cause qu’il fit appel à ce représentant d’un lobby, qu’il présenta comme un expert « indépendant ».

Autre initiative américaine, la venue à Alger dans le courant de la première quinzaine de mars 2015 de Charles Rivkin, sous-secrétaire d’État aux Affaires économiques, qui fit une conférence de presse à l’ambassade des États-Unis, au cours de laquelle il déclara qu’il « n’avait pas de conseils à donner aux Algériens, mais qu’il fallait qu’ils sachent que, dans son pays, l’exploitation du gaz de schiste avait été créative d’emplois, que la technique utilisée était saine et sans dangers et que l’opé- ration était rentable ». Puis il ajoutait que « les États-Unis étaient disposés à fournir à l’Algérie l’assistance technique nécessaire, si elle le désirait ». Venant de la part d’un représentant officiel de la première puissance mondiale, c’était là plus qu’un conseil donné aux Algériens, c’était un ordre.

Pollution et hécatombe d’oiseaux

Aujourd’hui, il est certain que la pollution est déjà là. Elle est partout : dans l’air, à la surface du sol et dans le sous-sol. Il n’est qu’à voir, pour s’en convaincre, ces images diffusées sur Internet de bourbiers laissés derrière eux par les exploitants, qu’il s’agisse de Halliburton ou des foreurs de la Sonatrach. Il y a de fortes chances que la nappe d’eau phréatique, utilisée par la population locale pour ses besoins personnels, soit déjà polluée ou en voie de l’être très bientôt.

D’ailleurs des pigeons sont morts, des faucons sont morts, des volées de cigognes en migration sont mortes également. On ne connaît pas la raison exacte d’une telle hécatombe, très probablement la conséquence de la pollution des eaux et de l’air causée par les forages réalisés ou en cours dans la région. Connaîtra-t-on un jour la vérité ? Cela semble difficile, car les vétérinaires d’In-Salah ou des villes avoisinantes, sollicités pour procéder aux examens, analyses ou autopsies qui permettraient de déterminer les causes de ces morts, refusent de les faire. Ils craignent des représailles de la part des autorités dans le cas où ils viendraient à démontrer des liens de cause à effet entre les forages de gaz de schiste et ces disparitions d’oiseaux…

Exrtrait du blog de HOCINE MALTI

 

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L’Europe ouvre grande la porte aux lobbies favorables aux gaz de #schiste

 

 

 

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L’Europe ouvre grande la porte aux lobbies favorables aux gaz de #schiste

PAR OLIVIER PETITJEAN

La Commission européenne vient d’officialiser la création d’un groupe d’experts chargés de collecter des informations sur l’exploitation des gaz de schiste et sur d’éventuelles méthodes d’extraction moins polluantes. Le tout dans un esprit d’« échange d’idées équitable et équilibré », assure Bruxelles. Problème : la grande majorité de ces « experts » sont liés à l’industrie pétrolière et gazière, favorable aux gaz de schiste. Et de l’aveu même d’un de ses membres, ce groupe d’experts financé sur fonds publics aura pour but de rendre l’attitude des citoyens européens plus « pragmatique » et « favorable » aux gaz de schiste.

Malgré l’opposition massive des citoyens européens au gaz de schiste, la Commission européenne persiste dans la direction opposée. Après avoir exempté ces activités d’études d’impact environnemental spécifiques, elle met en place aujourd’hui un « réseau » d’experts largement dominé par les industriels et les gouvernements favorables au gaz de schiste. Les Amis de la terre Europe et leCorporate Europe Observatory, basé à Bruxelles, publient aujourd’hui une étude sur la composition de ce réseau, dont l’intitulé « Carte blanche for fracking » laisse présager le faible niveau d’indépendance de ces « experts ».

Sur 60 « experts » déjà nommés, 40% travaillent pour des entreprises comme Total, GDF Suez ou Shell, directement impliquées dans le gaz de schiste, ou pour des lobbies du secteur pétrolier et gazier, comme l’Union française des industries pétrolières (UFIP). Jean-Louis Schilansky, par ailleurs président du « Centre de documentation sur les hydrocarbures non conventionnels », le lobby récemment créé par les entreprises françaises intéressées au développement du gaz de schiste, en fait par exemple partie [1]. Les représentants de la société civile, en revanche, se comptent sur les doigts d’une main : ils ne sont que cinq ! Le reste est constitué soit de scientifiques dont la majorité est liée financièrement à l’industrie, soit de représentants de bureaux publics de recherche géologique, dont les intérêts sont souvent étroitement liés à ceux des promoteurs du gaz de schiste. Au total, 70% des membres de ce réseau ont des liens financiers avec l’industrie pétrolière et gazière…

« Renverser l’attitude défavorable envers le gaz de schiste »

Quel rôle joueront-ils ? Le « réseau européen scientifique et technologique européen sur l’extraction des hydrocarbures non conventionnels » [2] a pour mission officielle de collecter des informations sur les développements du gaz de schiste en Europe et d’évaluer les technologies utilisées pour les extraire. Ces experts seront ainsi chargés d’étudier les méthodes de fracturation hydraulique et ses alternatives éventuelles – pour l’instant totalement chimériques.

Ce réseau devra travaillé, selon la Commission, dans un esprit d’« échange d’idées équitable et équilibré ». L’une des cinq personnes désignées par la Commission pour présider les groupes de travail du « réseau », le Polonais Grzegorz Pieńkowski, se montre plus franc : « La mise en place [de ce réseau] est un pas en vue de renverser l’attitude défavorable ou soupçonneuse envers le gaz de schiste qui prévaut en Europe en une attitude plus pragmatique et, en dernière instance, favorable », explique-t-il dans un entretien avec un magazine professionnel

La Commission européenne s’est déjà retrouvée sous le feu des critiques pour avoir mis en place des groupes d’experts dominés par les intérêts industriels, que ce soit dans le domaine des OGM, des perturbateurs endocriniens, de la régulation de la finance, ou de la pollution de l’air. Ce qui ne l’empêche pas de récidiver aujourd’hui avec les gaz de schiste et la fracturation des sols. Elle a directement sélectionné les cinq présidents des groupes de travail : on y retrouve deux représentants d’entreprises pétrolières et gazières (CoconoPhillips et Cuadrilla), deux représentants de gouvernements pro-gaz de schiste (Royaume-Uni et Pologne) et le Français François Kalaydjian, employé de l’Institut français du pétrole [3], une organisation de recherche française liée à l’industrie et connue pour ses prises de positions favorables aux énergies fossiles.

Passage en force

Au final, une large majorité des membres du réseau, soit en personne soit à travers les entreprises, gouvernements et organisations qu’ils représentent, se sont déjà fait remarquer par leurs prises de position favorables au gaz de schiste ou par leur opposition à des régulations trop strictes de ces activités. Interpellé par les associations, le Joint Research Center (JRC), dont la mission est de coordonner les groupes d’experts de la Commission européenne, se contente de jouer avec les mots : comme il ne s’agit pas d’un groupe officiellement chargé de « conseiller » la Commission, mais seulement de rassembler des informations, il ne serait pas sujet aux normes d’équilibre et d’indépendance requises pour les autres groupes d’experts. De sorte que le JRC ne voit « aucune raison de modifier les règles ou la structure des groupes de travail ou leurs présidents ».

« Sous couvert de mettre en place un ‘réseau scientifique et technologique’, la Commission utilise des fonds publics pour créer un lobby favorable à l’industrie pétrolière et gazière, dénoncent les Amis de la terre Europe et le Corporate Europe Observatory. Ce qui est particulièrement inquiétant, c’est que malgré l’opposition massive du public, la Commission cherche une nouvelle fois à faire entrer discrètement le gaz de schiste par la porte de derrière, en essayant de faire en sorte que la question ne soit pas ‘si’ l’Europe veut la fracturation hydraulique, mais ‘comment’. »

Olivier Petitjean

Photo : Forages d’exploitation de gaz de schiste aux États-Unis / CC Simon Fraser University

- Pour consulter le rapport « Carte blanche for fracking » (en anglais)

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Entretien avec José Bové : « Il faut que le gouvernement algérien arrête de s’entêter sur le gaz de #schiste »

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Entretien avec José Bové : « Il faut que le gouvernement algérien arrête de s’entêter sur le gaz de schiste »

le 2 mars 2015 à 22 h 00 min – Propos recueillis par Hadjer Guenanfa @HadjerGuenanfa.

Député français au Parlement européen, José Bové est également un célèbre militant altermondialiste connu pour son combat contre les OGM. Entretien.

Vous êtes opposé à l’exploitation du gaz de schiste en Algérie. Est-ce que le débat autour de cette question est tranché vu que les techniques continuent à évoluer ?

Il faut arrêter de dire que les techniques évoluent parce que cela n’est pas vrai. La preuve éclatante est la présence de Halliburton à In Salah. En fait, la fracturation hydraulique est la seule technique industriellement utilisable (pour l’extraction du gaz de schiste). Et la seule firme qui sait utiliser cette technique est l’américaine Halliburton.

La question posée par les manifestants à In Salah aujourd’hui est celle qui a été posée chez nous et dans d’autres pays européens : est-ce que la fracturation hydraulique ne constitue pas une menace pour les eaux souterraines et les eaux de surface ? La réponse est claire : la fracturation hydraulique est une véritable menace et c’est pour cela que la France s’est dotée d’une loi qui interdit l’utilisation de cette technique. À In Salah, on est dans une zone d’oasis avec des quantités d’eau limitées. Exploiter le gaz de schiste veut dire chasser tous les habitants de la ville et de la région et c’est évidemment inacceptable. Aujourd’hui, la remise en cause du gaz de schiste est quelque chose qui est absolument indispensable.

Mais de nombreux pays dont les Etats-Unis, le Canada et l’Arabie Saoudite exploitent le gaz de schiste…

La majorité des scientifiques reconnaissent la dangerosité de cette technique (fracturation hydraulique). En Europe, aucun pays n’est véritablement entré dans la phase de l’exploitation et il y en a très peu où la prospection risque d’avoir lieu. Dans les pays où il y aurait de grandes réserves comme la Pologne, les entreprises sont parties. En Bulgarie, c’est interdit. Donc au niveau européen, on ne peut pas dire que ça soit un succès. Même aux Etats-Unis, de plus en plus d’Etats interdisent l’utilisation de la fracturation hydraulique. On constate un frein concernant l’exploration qui est dû non seulement aux coûts mais aussi à la mobilisation dans un certain nombre d’Etats dont le Texas qui est en train de remettre en cause la fracturation hydraulique. Au Canada, ça dépend des Etats. Le Québec, par exemple, a mis en place un moratoire. Je pense qu’on est à un tournant et que le gaz de schiste n’a aucun avenir dans le monde.

Le gouvernement algérien parle d’exploration et assure que l’exploitation n’est pas encore à l’ordre du jour…

On ne peut pas faire de l’exploration sans fracturation hydraulique. Donc, il n’y aucune différence entre exploration et exploitation quand on parle de gaz de schiste. Et à partir du moment où on fracture pour explorer, on met en péril les nappes aquifères et les autres surfaces.

Vous êtes très critique par rapport à Total. Que fait exactement la compagnie pétrolière française dans le domaine du gaz de schiste en Algérie ?

Total ambitionnait, il y a quelques années, de se positionner clairement dans le domaine du gaz de schiste. La compagnie avait essayé de lancer des projets en France avant d’en lancer en Pologne puis de prendre des parts aux Etats-Unis. En fait, ils ont essayé d’aller un peu partout. Or, Total était parfaitement consciente des risques environnementaux. Après avoir arrêté en France et s’être retirée de la Pologne, je pense qu’on espérait qu’un contexte politique plus favorable en Algérie leur permettrait d’avancer.

Aujourd’hui, comme les autres grandes compagnies, ça m’étonnerait que Total continue (dans ces projets) parce que les coûts d’exploitation sont beaucoup plus élevés que dans les hydrocarbures conventionnels. Et pour ces entreprises qui perdent de l’argent avec la baisse des prix des hydrocarbures au niveau international, le premier retrait se fait sur (les projets de) gaz de schiste. Ce sont les premiers investissements dans lesquels ils coupent dans les financements et c’est ce qu’a clairement indiqué Total.

Avez-vous des éléments selon lesquels Total est ou était présente dans l’exploration du gaz de schiste en Algérie ?

Au départ, Total était présente dans le domaine de gaz de schiste. À ma connaissance, le travail a été complètement repris par Sonatrach. Donc ils ont été au point de départ pour le lancement du projet (après 2010) et je pense qu’ils se sont mis, eux-mêmes, en sommeil en Algérie.

Est-ce que le gouvernement français a joué un rôle ?

Je n’ai pas d’éléments là-dessus. Mais quand on parle d’hydrocarbures, les liens entre le pouvoir politique et le pouvoir économique sont étroits. Disons que le gouvernement français a été au courant et a certainement soutenu Total dans cette initiative. Je suis à peu près certain qu’ils ont même servi d’intermédiaire avec le gouvernement algérien.

Lors de la visite du président Hollande, Laurent Fabius annonçait l’exploitation du gaz de schiste en Algérie…

Je pense que Total est venu avec la bénédiction des gouvernements français et algérien.

Comptez-vous mener des actions concrètes pour soutenir les manifestants d’In Salah ?

Pour l’instant, il y a beaucoup de soutiens qui se manifestent à travers les appels au niveau des réseaux européens et nationaux. L’information est en train de circuler de manière très forte au niveau de tous les collectifs pour que les gens se mobilisent en France et dans tous les pays européens pour les opposants d’In Salah et de l’ensemble de l’Algérie.

Avec la répression qu’il y a eu (au cours de ces dernières 48 heures, ndlr), il faudra peut-être qu’on passe à un stade supérieur. Il faut que le gouvernement algérien arrête de s’entêter et doit suspendre de manière très claire les projets de prospection. Mais l’émergence d’une vraie mobilisation sur tout le territoire autour d’une question environnementale pour la première fois en Algérie est peut être la bonne nouvelle de cette histoire tragique d’In Salah.

source de l’article http://www.tsa-algerie.com/ 

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