Voilà pourquoi l’Algérie ne pourra pas exploiter le gaz de #schiste

ALGERIA

 Expert financier, chef d’entreprise

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SHALE GAS DAKOTA

Un site de forage au Dakota du Nord, le 1er octobre 2013. Les réserves de gaz de schiste ont donné aux Etats Unis plus d’autonomie en matière d’hyrocarbures. | Ken Cedeno via Getty Images
À moins d’être taré, comment penser qu’avec un gaz à 2,8 dollars les 30m³ au marché spot, et 5 dollars par gazoduc, des gens qui refusent d’investir plus dans le gaz conventionnel découvert partout dans le bassin méditerranéen en offshore et au Kazakhstan en quantités phénoménales, vont se mettre subitement à investir dans une saloperie qui se trouve dans le pays à l’économie la plus tordue de la planète, avec une administration des plus farfelues, dans des milliers de puits coûtant au bas mot, 7 millions de dollars l’unité, avec un rendement total de 12,5 millions sur 20 ans et à peine 7 millions sur 4 ans.

Le schiste n’est un eldorado que pour les Etats Unis, et aux Etats Unis. Autrement les Chinois et les Argentins qui nous devancent en réserves estimées et en taux de récupération, ainsi qu’en capacités techniques, nous auraient déjà devancés, alors qu’ils sont importateurs nets.

Les cours internationaux, l’autonomie des Etats Unis, et l’offre disponible de la part de pays tous piégés autant que nous par la rente, rendent les occidentaux maîtres du marché, en tant que consommateurs, et n’ont strictement aucun besoin de fracturer chez les autres, même contre des taxes nulles.

Je parie qu’actuellement en mettant des périmètres à leur disposition gratuitement, sans rien nous payer, ils ne viendront pas, faute de rentabilité et de rendement à la tête de puits.

Aux Etats Unis la moyenne des puits en terme de production est de l’ordre de 72 millions de m³ sur 20 ans, avec un pic, à 43 millions sur les quatre premières années dont plus du tiers la première année.

Alors que leur taux de récupération est de 40% des réserves estimées, et le notre de 15%, ce qui laisse présumer que la roche mère n’est pas aussi infestée de bulles de gaz, rendant la production plus complexe, la fracturation plus intense, et la productivité moins attractive.

Pour maintenir une cadence de production de 50 milliards de m³/an, il faut déjà creuser au moins 3000 puits, et ensuite en dégressif chaque année, entre 1600 la deuxième année, et 200 la dernière, quelque chose comme 10.000 puits.

N’en ayant pas foré autant à la verticale depuis 1962, je me demande comment ils comptent faire pour les forer sur les 20 prochaines années, avec 3000 d’un coup, pour avoir la chance de sortir l’équivalent annuel de 9 milliards de dollars au mieux, et 5 selon les cours du spot.

Et comme personne n’est assez plombé pour laisser sa chemise dans une aventure pareille, et chez des gens où même les trucs les plus simples ne marchent pas bien, je suis curieux de savoir d’où ils comptent sortir les 20 milliards de dollars du premier jet, et les 60 pour toute l’affaire sur 20 ans.

Je crois que les Américains qui ont découvert en le dénommé Chikhoune une sorte de poisson-pilote, vers le banc de sardines qui nous sert présentement de pouvoir, ont quelques tubes rouillés à fourguer, et quelques plateformes à louer vu la dépression sur les cours chez eux, en attendant des jours meilleurs, sur leur marché interne.

Pour la nappe albienne, ils s’en foutent royalement, vu que la décantation peut se faire avec le temps, et que dans l’immédiat, ce ne sont pas leurs Indiens qui sont sur les front mais nos indigènes, qui ne sont pas soutenus par les gens du nord.

D’ailleurs lors de la dernière visite aux Etats Unis de notre ministre de la Rente, dénommé ministre de l’Energie à tort, je n’ai pas reconnu un seul responsable des majors américaines, en face de lui, mais des patrons de petites boites de forage, racolés par Chikhoune, alors qu’en 2013, Obama avait fait un forcing, en envoyant trois fois son ministre de l’Energie Hernandez à Alger, et Haliburton avait sponsorisé en partie une rencontre sur le gaz de schiste à Oran.

Ce qui a changé entre 2013 et 2017, est que les Américains qui n’ont jamais projeté d’investir dans cette forme de gaz, ailleurs que chez eux, ont tout simplement conclu que les réserves de change actuelles du pays, ne sont pas de nature à assumer en même temps les trous de gestion locaux, et un marché d’équipements de ce genre, et que les nôtres ne marcheraient pas dans une facture trop salée, faute de moyens.

Mais les petites entreprises de forage en difficulté qui pullulent dans le Dakota et Marcellus, peuvent être racolées par un marchand ambulant comme Chikhoune qui a dû leur promettre de vendre aussi bien des vaches, que des services pétroliers ambulants, à des gens qu’il pense avoir atteint le fin fond de la connerie duquel il ne semble pas être très éloigné.

De ce fait, même en n’ayant aucune confiance en la bonne foi et en la perspicacité de nos managers improvisés, j’ai une entière confiance, en leur terreur de voir les réserves de change plonger plus vite que prévu, et eux avec.

Je suis ce dossier depuis 2005, avec le détail des évolutions des forages américains dans le gaz et le pétrole de schiste, ainsi que les coûts et les courbes de production.

C’est ce qui m’a permis d’avertir en 2013, sur une chute imminente des cours, nos myopes locaux, et sur sa prolongation dans le temps, et je ne me souviens pas avoir vu les américains émettre le projet ou le souhait d’investir ailleurs que chez eux, même à la belle époque des cours confortables.

Je ne vois strictement aucune raison, pour qu’ils s’y mettent aujourd’hui, alors que leur stratégie et l’autonomisation et la casse des marchés, et pas l’approvisionnement à perte, alors que leurs alliés se bousculent avec du gaz donné, sans trouver client.

Pour vouloir investir dans un procédé complexe et coûteux, en pleine déprime des cours, ils faut être un vrai « faregh chghoul » comme il n’y en a que chez nous, et pour penser trouver un preneur même sans impôt, il faut être un rêveur invétéré.

Le plus comique dans cette histoire, est qu’un ministre qui surveille le recul des plateformes de forage américaines, comme une victoire pour les cours de sa rente, compte les remplacer par les siens, dans une logique qui laisse perplexe sur la forme des cerveaux de nos dirigeants.

Faute de rente, leur gouvernance est à nu, et faute de gaz pas de rente, au point où ils ont oublié leur autre gaz conventionnel, et même que d’ici 10 ans, ils peuvent le boire en grande partie, si on en fait pas des produits autres que la matière brute vendue actuellement.

C’est pour cela que je ne vois strictement aucune raison de paniquer, ou même de faire une polémique là dessus.

Et je pense que c’est juste une autre lanterne de Mouloud, du système à bout de souffle, de projet et d’arguments, pour faire patienter le chaland et trouver une autre diversion, celle de la décennie noire semblant avoir fait l’effet d’un pétard. Mouillé.

NB: En annexe vous trouverez les courbes de production moyenne par puits, telles qu’analysées par l’agence américaine de l’énergie en 2016, et le tableau que j’en ai tiré, par conversion et application de la courbe de déclin par années. Ce qui n’a rien à voir avec un discours politique.

schiste

Avec le gaz de #schiste, l’Algérie fantasme une nouvelle rente

Capture midle east eye

 

 

 

Avec le gaz de schiste, l’Algérie fantasme une nouvelle rente

#Énergie

Pour faire face à la baisse des revenus du pétrole et à la hausse de la demande domestique en gaz, l’Algérie veut miser sur le gaz de schiste. Une stratégie socialement et financièrement très risquée

Des Algériens manifestent contre l’exploration du gaz de schiste à In Salah le 5 mars 2015 (AFP)
4 octobre 2017

ALGER – « C’est une fuite en avant. Un suicide. » Cette semaine, un dossier qu’une bonne partie de la société civile croyait enterré au fond d’un tiroir est revenu sur la table. Mais pour Sabrina Rahmani, militante anti-gaz de schiste, contactée par Middle East Eye, « rien ne justifie une telle politique ».

Dimanche, alors qu’il visitait une raffinerie d’Arzew (à l’ouest), le Premier ministre Ahmed Ouyahia a demandé à Sonatrach, le groupe pétrolier détenu à 100% par l’État algérien, de reprendre l’exploration du gaz de schiste, suspendu en 2015 après un vaste mouvement de protestation dans le Sahara algérien – où se trouvent les gisements les plus importants. « Il ne s’agit pas d’une démarche aventurière mais d’une option visant à garantir l’avenir en matière énergétique », a insisté le Premier ministre.

« Au contraire, cette stratégie est extrêmement dangereuse », affirme Sabrina Rahmani. « D’abord parce qu’elle aura un impact sur l’environnement – on va pour cela mobiliser des ressources rares, comme l’eau, qui vont accélérer la désertification, et fragiliser les sols –, ensuite parce qu’il existe un risque sanitaire pour la population. »

Pendant presque un an, ces arguments ont été au cœur d’une contestation sociale inédite partie d’In Salah, sous-préfecture de 50 000 habitants, à 1 200 kilomètres au sud d’Alger, où les habitants, malgré la richesse de leur sous-sol, vivent dans une situation d’extrême misère, certains n’étant même pas raccordés au gaz de ville. La protestation s’est ensuite étendue à d’autres villes du grand Sud : Tamanrasset, Ouargla, Adrar, Metlili, Timimoun, avant de s’essouffler.

Le groupe Desert Boys a sorti en 2015 une chanson anti-gaz de schiste « Makach li radi »  (Personne n’accepte ça) où il appelle « la police, l’armée et toutes les institutions à se mettre du côté du peuple qui dit non. Tous les jeunes Algériens, et pas seulement à In Salah, sont conscients de l’enjeu ».

La mèche avait été allumée le 27 décembre 2014 par le ministre de l’Énergie de l’époque, Youcef Yousfi, en visite sur le premier forage pilote de gaz de schiste.

« Oui au solaire thermique, non au gaz de schiste », « Ayez pitié de nos enfants », « Non à l’extermination du Sud » : des mois durant, hommes et femmes s’étaient relayés sur la place centrale de la ville, renommée Sahat Essomoud (place de la résistance) pendant que pro et anti-gaz de schiste se livraient une terrible guerre des chiffres. Les premiers affirmant que l’exploration du gaz de schiste n’impacterait qu’une dizaine de millions de mètres cubes d’eau sur les 28 000 milliards du sous-sol saharien, les seconds s’alarmant des risques de contamination des nappes pas les produits chimiques.

« Ces eaux risquent d’être contaminées par les extrêmes pollutions liées à l’utilisation de plus de 400 produits chimiques, dont certains provoquent des cancers et de graves maladies », affirme Karim Tedjani, militant et créateur du portail Nouara consacré à l’écologie en Algérie.

Source : US Energy Information Administration

L’autre argument des anti-gaz de schiste est économique. « Aujourd’hui, l’Algérie n’a plus les ressources financières pour entreprendre une politique aussi coûteuse », affirme Sabrina Rahmani.

Selon Ferhat Aït Ali, expert financier algérien, les milliers de puits nécessaires coûteraient « au bas mot 7 millions de dollars [5,9 millions d’euros] l’unité, avec un rendement total de 12,5 millions [10, 6] sur vingt ans et à peine 7 millions sur quatre ans ».

« Le schiste n’est un eldorado que pour les États Unis, et aux États Unis. Autrement les Chinois et les Argentins qui nous devancent en réserves estimées et en taux de récupération, ainsi qu’en capacités techniques, nous auraient déjà devancés, alors qu’ils sont importateurs nets », souligne-t-il.

Sonatrach prévoit le forage de 12 000 puits sur 50 ans pour produire 60 milliards de m3/an avec un investissement total de 300 milliards de dollars, dont 200 milliards dans les forages des puits. Selon certains experts, le gaz de schiste reviendrait donc trois fois plus cher à produire que les ressources conventionnelles.

Invité à la radio publique, le professeur Chemseddine Chitour, directeur du laboratoire de valorisation des hydrocarbures, explique qu’« après avoir expliqué depuis des années aux citoyens qu’il faut des investissements hors hydrocarbures, leur dire maintenant qu’on va y revenir est un mauvais signal » et que l’exploitation du gaz de schiste doit être conditionnée par le développement des énergies renouvelables.

Des chiffres contestés

En réalité depuis 2013 et malgré un discours parfois contradictoire au sein du gouvernement (en avril dernier, l’ex-ministre de l’Énergie avait déclaré que l’Algérie n’avait pas besoin à court terme du gaz de schiste), les autorités ont entrepris une vaste et redoutable campagne médiatique censée convaincre les Algériens que le gaz de schiste va sauver l’Algérie de la crise provoquée par la baisse des revenus du pétrole et de l’explosion de la demande domestique en gaz. Certains scénarios avancent que pour satisfaire une demande intérieure de plus en plus importante, dans moins de quinze ans, l’Algérie va devenir un pays importateur net de pétrole, et dans 25 ans, un importateur de gaz.

Pour cela, il utilise des experts, des chiffres – des gisements estimés à quelque 700 trillions de mètres cubes plaçant l’Algérie dans le top mondial des réserves de gaz de schiste – et l’enthousiasme de la Banque africaine de développement, pour qui « si ces réserves étaient avérées, elles seraient de 50 % supérieures aux réserves de gaz conventionnel », une vision idyllique puisque « l’Algérie réunit toutes les conditions pour le développement de la production de gaz de schiste ».

Un enthousiasme que ne partage pas Moussa Kacem, universitaire et coordinateur du Collectif euromaghrébin anti-gaz de schiste (CEMAGAS), contacté par MEE. « Je réfute complètement des chiffres farfelus. C’est une approximation basée sur les réserves géologiques et elles ne correspondent à rien. »

Selon le spécialiste, persuadé que le projet d’exploitation du gaz de schiste n’est pas « économiquement viable » puisque le marché international est inondé par les gaz et les pétroles de schiste américains, le gouvernement essaie de trouver quelque chose pour changer la loi sur les hydrocarbures afin de libéraliser davantage le secteur de l’énergie, aujourd’hui peu attractif pour les investisseurs étrangers.

Manifestation contre le gaz de schiste à In Salah, dans le Sahara algérien, le 5 mars 2015 (AFP)

Ce qu’a confirmé, lundi 2 octobre, le ministre de l’Énergie Mustapha Guitouni, en parlant des modifications qui seront apportées à la loi sur les hydrocarbures, compte tenu du fait que la plupart des appels d’offres lancés par l’Algérie pour la recherche et l’exploration pétrolières s’étaient avérés infructueux.

« Mais autant changer la loi sur les hydrocarbures fait sens, autant se lancer dans le gaz de schiste me paraît juste une tentative désespérée de générer des liquidités pour compenser la baisse de la fiscalité pétrolière et la hausse de sa consommation intérieure, qui en dix ans, passera de 35 milliards de mètres cubes à 50 milliards », relève un professionnel du secteur des hydrocarbures.

Aujourd’hui, les militants anti-gaz de schiste réclament un débat national et la réactivation du haut-commissariat à l’Énergie. Mais Hacina Zegzeg, militante anti-gaz de schiste d’In Salah aujourd’hui engagée dans le collectif Smart Sahara (soutien à l’agriculture) à Ghardaïa se dit pessimiste pour l’avenir. « Je crains qu’avec la crise qui se profile, le gouvernement cherche à convaincre les Algériens qu’il existe une solution – le gaz de schiste – mais que les Sahraouis s’y opposent, jouant ainsi la division, le Nord contre le Sud. »

En Algérie, la bataille du peuple contre le gaz de #schiste ne faiblit pas

reporterre

En Algérie, la bataille du peuple contre le gaz de schiste ne faiblit pas

9 avril 2016 / Lina Maoubouté

Alors que Manuel Valls se rend en Algérie les 9 et 10 avril, le mouvement populaire contre le gaz de schiste est toujours vigoureux. Il y a un an, la recherche de gaz de schiste avait embrasé le sud du pays. Le bas prix du pétrole a conduit à suspendre les travaux, mais les multinationales et Total restent à l’affût.

- Alger, reportage

C’est une information qui a été publiée en catimini. En janvier dernier, la Sonatrach, la compagnie algérienne d’hydrocarbures, a annoncé la suspension de l’exploration du gaz de schiste à In Salah, dans le Sahara. En cause ? La chute récente du prix du baril de pétrole (à moins de 40 $) a entrainé une chute de revenus pour la compagnie nationale, provoquant une politique d’austérité sans précédent en Algérie. Selon les informations du quotidien arabophone El Khabar (et traduites ici par le HuffingtonPost Maghreb : « Sonatrach ne peut plus faire face aux dépenses qu’engendrent ces travaux d’exploration coûteux. Au moment du lancement des explorations en 2014, le prix du baril n’était pas loin des 100 dollars. » Le début de l’exploration avait suscité une vague d’opposition citoyenne dans le Sud algérien durant les premiers mois de 2015. Et les militants antigaz de schiste algériens, qui demandent un moratoire depuis un an, ne croient pas à l’abandon total de l’exploration.

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In Salah est situé quasiment au centre de la carte.

L’aventure du gaz de schiste dans le Sahara débute en 2004, lorsque l’Agence étasunienne USEnergy Information Administration (EIA) annonce que le sous-sol algérien comprend la troisième réserve mondiale de gaz de schiste récupérables, derrière la Chine et l’Argentine. Dans la foulée, des multinationales jouent des coudes pour obtenir leur part du gâteau. Eni (Italie), Shell (GB), Exxon-Mobil (EU), Total, GDF Suez (France) mais aussi Halliburton (EU) ou encore Schlumberger (Pays-Bas) établissent des consortiums avec la Sonatrach. La fracturation hydraulique est rendue possible en 2013 avec la modification de la loi sur les hydrocarbures, qui l’autorise au cas par cas. En juillet 2014, des forages sont lancés à Ahnet. C’est dans cette concession proche d’In Salah, une ville de 30.000 habitants située à 1.200 kilomètres d’Alger, que l’exploration débute.

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Les bassins potentiels de gaz de schiste identifiés en Algérie.

Des manifestations écologistes et citoyennes inédites

Or, sous les plateaux et les dunes du Sahara, se cache la nappe albienne. La plus grande réserve d’eau douce au monde contiendrait à elle seule près de 50.000 milliards de m3. Directement menacés par la pollution engendrée par les techniques de fracturation hydraulique, les habitants avaient alors dénoncé un écocide. Entre janvier et avril 2015, une vaste mobilisation citoyenne d’opposition au gaz de schiste s’est mise en place. Au fil des semaines, des milliers d’Algériens sont descendus dans les rues d’In Salah. Ces manifestations écologistes et citoyennes, inédites en Algérie, ont été violemment réprimées

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À In Salah, en 2015, des milliers d’Algériens sont descendus dans les rues.

Une répression dénoncée à l’époque par un morceau de rap intitulé « Résistants » : « L’affaire est simple  : Non au gaz de Schiste ! Je jure que je ne me tairai pas. Mon pays est riche et non pas “cheap”, mon frère. On ne déteste pas l’État mais on déteste le monstre qui a vendu le pays, qui n’aime pas les hommes, les vrais. On n’est pas violents, nous les enfants du désert. On a une parole, une revendication, Vous devez nous écouter », chantent Lotfi, Desert Boys et Samidoune, les rappeurs algériens qui ont pris le micro pour s’opposer au gouvernement. Le mouvement prendune ampleur nationale. Le collectif Non au gaz de schiste à In Salah exige un moratoire, en vain. Les militants sont convoqués par la police. Aujourd’hui encore, la répression se poursuit : en janvier de cette année, dix-huit opposants ont appris qu’ils étaient poursuivis en justice pour dégradations de lieux publics.

L’eau dans le Sahara, ressource rare et précieuse

Comment ce mouvement historique a-t-il pu voir le jour en Algérie, une dictature à peine voilée où toute opposition est soigneusement muselée ? « Il y a dans le Sahara un attachement à l’eau qui est indéniable, toute l’organisation sociale est fondée sur cette ressource considérée comme rare et donc précieuse », avance Mounir Bencharif, coordinateur à Area-Ed (Association de réflexion, d’échange et d’action pour l’environnement et le développement). Contrairement à d’autres régions du Sahara également concernées par l’exploration du gaz de schiste, In Salah est une agglomération qui s’est développée autour du gaz et du pétrole. « Beaucoup d’habitants d’In Salah travaillent dans le secteur des hydrocarbures. Ils ont donc leurs propres experts. Quand l’État algérien a voulu amener les siens pour expliquer que la facturation hydraulique ne présentait aucun danger, les citoyens avaient les compétences pour les contrecarrer », explique-t-il.

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À In Salah, en 2015.

Armés des thèses complotistes distillées dans la presse, de nombreux Algériens y voient pourtant une main-mise de l’étranger, d’Arabie Saoudite ou d’ailleurs. « C’est une question de racisme. Au Nord, ils n’arrivent pas à croire que les habitants du Sud soient capables de se mobiliser », souffle Mouhad Asmi (déjà rencontré par Reporterre au printemps dernier au forum social mondial de Tunis). Joint par téléphone, l’opposant virulent et hyperactif affirme qu’il reste plus que jamais vigilant malgré l’annonce de la suspension de l’exploration. Au détour d’une page du quotidien algérien El Watan, il a découvert en novembre dernier une annonce légale mentionnant le lancement d’une enquête publique pour mesurer l’ impact environnemental d’un projet de détection et d’exploration des hydrocarbures dans la zone d’Akabli (au cœur du Sahara). Les entreprises ENI(Italie), Dragon Oil (Dubaï) et Sonatrach sont à la manœuvre de ces nouvelles prospections : « Au lieu d’utiliser le terme de gaz de schiste, ils préfèrent parler d’hydrocarbures pour laisser tout le monde dans le flou, mais cette zone est bien considérée comme un bassin potentiel », s’emporte-t-il.

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Manifestation des femmes contre l’exploitation du gaz de schiste à In Salah, en 2015.

L’exploration du gaz de schiste est en effet un sujet opaque en Algérie. À tel point que plusieurs militants soupçonnent que la phase de prospection et d’expérimentation ait laissé place depuis des mois à la phase d’exploitation pure et dure. Sur les six plateformes prévues, deux seulement ont été officiellement abandonnées. « On n’est sûr de rien, réagit Hacina Zegzeg, une militante antigaz de schiste, sauf d’une chose : on ne croit pas à cette suspension, qui de toute façon est annoncée comme temporaire. » En compagnie d’autres citoyens, elle multiplie les rondes de surveillance des concessions, forte de son expérience : « Il y a quelques années, on n’a rien vu venir. On a seulement compris ce qu’il se passait l’an passé, quand ils ont allumé le forage et qu’on a vu la torche. Aujourd’hui, nous n’avons plus confiance dans notre gouvernement et ses effets d’annonce », déclare-t-elle avant de promettre : « Si on prend le sifflet, tout le monde viendra à nouveau manifester. »

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La répression policière des manifestations de 2015 à In Salah a été violente.

Dans les mois à venir, Total précisera peut-être son rôle dans cette affaire. Car l’implication de l’entreprise française dans la région suscite bien des questions, comme le remarquait un rapport réalisé par nos confrères de Basta ! avec l’Observatoire des multinationales sur Total et les gaz de schiste en Algérie.

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Total et le gaz de schiste algérien, mars 2015.

Total s’était retiré de tout projet d’exploration du gaz de schiste dans le Sahara au début de la contestation, l’année dernière. Les opposants au gaz de schiste soupçonnaient alors la compagnie française de reculer pour mieux avancer en attendant d’expérimenter des techniques de substitution à la fracturation hydraulique. Le dossier, surveillé de très près par les autorités des deux côtés de la Méditerranée, pourrait être au menu des discussions discrètes dans les salons cossus de la Présidence algérienne lors de la visite officielle de Manuel Valls et d’une escouade de ministres ce week-end du 9 et 10 avril.

Source : Lina Maoubouté pour Reporterre

Photos :
. chapô et manifestations de 2015 à In Salah : Collectif Non au gaz de schistes à In Salah, Desert Boys, Djamel Addoune
. carte bassins : Algéria Watch
. carte Algérie : © map collection of the Perry-Castañeda Library (PCL) of the University of Texas at Austin

Gaz de #schiste : Les torchères allumées sèment le doute

Gaz de schiste : Les torchères allumées sèment le doute

le 30.10.15 | 10h00 

Les habitants d’In Salah et les militants contre l’exploitation du gaz de schiste en Algérie ignorent toujours le devenir du projet, six mois après son gel par le président de la République. Des experts et d’anciens cadres ont accepté de parler des dessous de ce dossier sensible de l’Etat.

«Du projet d’exploitation du gaz de schiste à In Salah, il ne reste que deux torches (pratique qui consiste à brûler dans des torchères le gaz issu de l’extraction) perchées sur un site quadrillé par les militaires et la Gendarmerie nationale.» Un ingénieur pétrolier originaire de cette petite ville du sud de Tamanrasset, qui a connu pendant plus de trois mois une mobilisation sans précédent contre l’exploitation du gaz de schiste en Algérie, affirme : «Les compagnies de services (des sous-traitants aux sociétés pétrolières qui s’occupent entre autres du forage et du coffrage des puits) ont réalisé ce que nous appelons dans le domaine pétrolier le Drill Stem Test (DST) ou le test par tiges de forage.

Mais l’appareil de forage, lui, est démobilisé depuis avril dernier.» Mohamed Saïd Beghoul, ancien directeur de la Division exploitation Oil&Gaz de Sonatrach, explique : «Il n’y a pas eu d’exploration de gaz de schiste à In Salah, car nous connaissons déjà l’état des réserves. Ce n’était qu’une appréciation pour essayer de savoir ce que ces schistes ont dans le ventre. C’est-à-dire l’évaluation du potentiel de production du gaz non conventionnel dans cette région.» Sur les 11 puits prévus, deux seulement ont été forés par les deux compagnies de services, Schlumberger et Haliburton. «Ces compagnies ne sont pas des investisseurs», précise Rabah Reghis, consultant et économiste spécialiste des hydrocarbures et membre du Collectif national pour un Moratoire sur les gaz de schiste (CNMGS).

Coûteux

L’ingénieur pétrolier soulève l’existence d’un troisième puits pour lequel les travaux n’ont jamais été entamés. «Le troisième forage devait être réalisé par Baker Petroleum. Il a été abandonné à cause des contestations, révèle-t-il. Quant au forage vertical, il a été confié à l’Entreprise nationale des travaux aux puits (ENTP)». Selon des proches du dossier, les 31 blocs (terrains contenant du gaz de schiste) mis en vente par Sonatrach n’ont attiré personne.

Quatre appels d’offres ont été lancés, en vain. «Un projet qui n’est pas rentable ne peut attirer les investisseurs. De plus, qui va prendre le risque de nous suivre dans cette affaire ? Personne», explique Rabah Reghis. Total, entreprise pétrolière française annoncée comme exploiteur du projet, a fini pas «se retirer».

Une information évoquée par la firme sur son site internet en janvier 2015, sans explication : «Le permis d’exploitation d’Ahnet étant arrivé à échéance le 6 juin 2014, Total n’y est plus présent depuis cette date». «L’Algérie n’a pas non plus les moyens, à l’heure actuelle, de l’exploiter, assure Rabah Reghis. Avec quoi voulez-vous que l’Etat finance un investissement très coûteux comme celui du gaz de schiste dans une période où plusieurs projets d’utilité publique ont été abandonnés à cause de la chute du prix du baril ?» Abdelmadjid Attar, ancien PDG de Sonatrach (voir interview) n’est pas de cet avis. Pour lui, le gaz de schiste représente l’avenir énergétique de l’Algérie.

Réserves

«Le secteur de l’énergie a décidé de promouvoir la recherche dans l’immédiat et l’exploitation future de ce gaz si les premiers résultats sont positifs et non contraignants, parce qu’il a dû prendre conscience de l’épuisement rapide de nos ressources dans les décennies à venir, et par conséquent de la nécessité de préparer dès maintenant les moyens et les ressources pouvant assurer la sécurité énergétique du pays dans 15 à 20 ans au plus tard», défend-il. Rabah Reghis réplique : «L’Etat a fait croire qu’en exploitant le gaz de schiste, il allait couvrir le déficit causé par la baisse du prix du baril.

C’est faux. Car il y a 1,6 million de kilomètres carrés non exploités encore de gaz conventionnel. Et puis, nous n’avons même pas écoulé les quantités du gaz produit.» L’Algérie dispose encore de 4500 milliards de mètres cubes de réserves en gaz conventionnel. Le prix à la vente des deux gaz, conventionnel et non conventionnel, est le même. La seule différence réside dans leur coût de production. Le gaz de schiste revient plus cher. Quant aux réserves algériennes des deux gaz, elles sont, selon les experts, presque les mêmes.

Mohamed Saïd Beghoul explique que l’Algérie a été prise à contre-pied par les estimations surévaluées données par les Etats-Unis : «C’est l’Agence américaine de l’énergie, spécialiste dans l’évaluation des réserves, qui a fait croire à l’Etat que l’Algérie possédait d’énormes quantités de gaz de schiste. Elle les a estimées à 20 000 milliards de mètres cubes. Ce qui nous met à la 3e place mondiale. Et puis, l’Etat a découvert que ces chiffres étaient surestimés. Nos réserves en gaz de schiste sont évaluées à seulement 5000 milliards de mètres cubes.»

Timimoun

Rabah Reghis ajoute : «Ce projet n’a pas d’avenir et n’existera que sur papier, car il n’est pas rentable. Le gouvernement va s’arrêter le jour où il payera plus qu’il en encaissera. D’ailleurs, aucune personne du gouvernement n’en parle depuis longtemps.» Si des tests ont été réalisés, ces experts avouent ne pas connaître les résultats. «Nous sommes au courant de tout ce qui se passe aux Etats-Unis, mais rien à In Salah. Personne n’a communiqué le débit journalier. Si le débit était bon, l’Etat l’aurait directement communiqué et la nouvelle serait à la une des journaux. Ce qui nous fait croire que les résultats ont été décevants», prédit l’ancien directeur de Sonatrach. Les habitants d’In Salah ne comprennent pas pourquoi les torches sont encore allumées, six mois après le gel du projet par le chef d’Etat.

Mohamed Saïd Beghoul explique : «Le but consiste à connaître la durée de vie des puits car ils n’intéresseront pas l’investisseur s’ils ne débitent que pour quelques mois.» Le seul gaz en dehors du conventionnel qui sera exploité en Algérie, c’est le tight gaz situé par les experts entre le conventionnel et le non-conventionnel. C’est un projet en développement implanté à Timimoun dans la wilaya d’Adrar. 37 puits de production prévus pour un plateau de production de 5 millions de m2/jour. Total détient 37,5% du projet, Cepsa, 11,25% et Sonatrach, 51%. La production débutera à partir de 2017.

Meziane Abane

Source de l’article « el watan« 

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Le gaz de #schiste en Algérie: un mouvement de contestation inédit

Capture mediapart

 

 

 

Le blog de Hocine Malti

Le gaz de schiste en Algérie: un mouvement de contestation inédit

LE GAZ DE SCHISTE EN ALGÉRIE : UN MOUVEMENT DE CONTESTATION INÉDIT 

Hocine Malti, Parlement européen, Bruxelles, 4 juin 2015

La genèse

Tout a commencé il y a une dizaine d’années quand l’Agence américaine de l’énergie a publié une étude dans laquelle l’Algérie était classée troisième au monde pour ce qui est des réserves de gaz de schiste, qu’elle avait estimées à près de 20 000 milliards de m3. Disons tout de suite que ce sont là des chiffres fantaisistes : la même agence, en utilisant les mêmes techniques d’appréciation, s’est trompée dans un rapport de un à cinq pour ce qui est des réserves de la Pologne. Pour la Cali- fornie, ce sont 96 % des réserves qu’elle avait annoncées qui n’existent pas en réalité. En Algérie, cela n’est cependant pas tombé dans l’oreille d’un sourd ; la compagnie nationale des pétroles Sona- trach, se fondant sur ces affirmations, a foré un premier puits de gaz de schiste en 2008.

En parallèle, en 2010-2011, le gouvernement s’est rendu compte que l’Algérie n’attirait plus les investisseurs étrangers, en raison d’une loi sur les hydrocarbures qui était devenue un véritable re- poussoir. Il décida alors de la changer. Il prit attache des compagnies pétrolières étrangères et entre- prit avec elles ce que l’on peut considérer comme des négociations secrètes, dans le but de savoir quelles modifications elles souhaitaient. Elles « suggérèrent » que soit révisé le système de calcul de l’impôt et que soit autorisée l’exploitation du gaz de schiste. Ce que le gouvernement fit dans une nouvelle loi sur les hydrocarbures, entérinée par le Parlement en 2013.

Les multinationales pétrolières ne se bousculèrent pas pour autant au portillon, car elles ne vou- laient pas essuyer les plâtres, tant sur le plan technico-économique qu’au plan des relations avec les populations locales. Preuve en est que lors de l’appel à la concurrence pour l’attribution de permis de recherche de septembre 2014, aucun des dix-sept périmètres censés contenir du gaz de schiste ne trouva preneur. Sonatrach se lança alors seule dans le forage de puits d’exploration. Elle a réalisé, à ce jour (autant que l’on sache, car aucune information ne filtre à l’extérieur), sept à huit puits dont deux sur le permis de l’Ahnet (région d’In-Salah).

La réaction de la population

Dès que l’on sut, déjà en 2012, que la nouvelle loi sur les hydrocarbures allait permettre l’expl- oitation du gaz de schiste, un vent de protestation se mit à souffler sur l’Algérie. Les mouvements associatifs, des spécialistes pétroliers, des journalistes, des responsables politiques, des syndicalistes manifestèrent leur opposition à ce projet. Le mouvement de protestation s’amplifia en 2013, après la promulgation de la loi. Le Premier ministre tenta de calmer le jeu et fit notamment une déclara- tion, dont le moins qu’on puisse dire est qu’elle est malheureuse : il dit que l’exploitation n’était pas prévue avant 2025, voire 2040, comme si le fait de reporter à plus tard la catastrophe la rendait plus acceptable. Il dit aussi que les produits chimiques utilisés lors de la fracturation hydraulique n’éta- ient pas plus nocifs que ceux dont sont imbibées des couches-bébé…

À In-Salah, le mouvement de protestation de la population a été plus puissant que partout ailleurs. Parce que, non seulement le forage des deux puits programmés se déroulait, on peut dire aux portes de la ville (à 28 km à vol d’oiseau), mais aussi parce que des dizaines, voire des cen- taines d’autres puits suivront, dans le cas où il serait décidé d’exploiter le gaz contenu dans ce bas- sin géologique. L’opposition de la population d’In-Salah est d’autant plus légitime qu’elle souffre de traumatismes antérieurs. C’est dans cette région qu’ont eu lieu les expériences atomiques fran- çaises des années 1960 et c’est ici aussi que se déroule une autre opération extrêmement dangereuse pour l’homme et son environnement, celle de la séquestration du CO2 dans le gisement de gaz de Krechba.

Le face-à-face autorités-population

La visite du ministre de l’Énergie, fin décembre 2014, pour inaugurer le premier puits allait mettre le feu aux poudres à In-Salah. Il s’en prenait violemment à la population qui, disait-il, avait montré par ses manifestations contre le gaz de schiste qu’elle voulait du mal à son pays et qu’elle allait en faire un nouvel Irak ou une nouvelle Libye. Dire cela à des gens connus pour leur paci- fisme et qui, après tout, ne réclament rien d’autre que le droit à la vie…

Depuis le 1er janvier 2015, c’est toute la population qui manifeste journellement, du matin au soir sur la place centrale de la ville qu’elle a débaptisée et qu’elle appelle Sahat Essoumoud (place de la Résistance). Il s’est constitué un collectif anti-gaz de schiste composé de vingt-deux membres qui veille à ce que le mouvement demeure pacifique, mais extrêmement ferme dans ses revendications. C’est là un fait inédit en Algérie, et ce pour deux raisons.C’est la première fois que l’on voit autant de femmes dans une manifestation de rue. Ailleurs à travers le pays, on ne voit d’habitude que des hommes et quelques rares femmes noyées dans la foule, alors que là il y a pratiquement autant de femmes que d’hommes. La seconde raison est que l’on a affaire à un mouvement citoyen sans motivations politiques ni matérielles. Cette foule ne dit pas « Bouteflika, dégage ! » et ne demande pas d’argent ou de privilèges particuliers. Et ça, le pouvoir ne sait pas traiter. Il sait comment casser un mouvement de contestation politique. Par la matraque, les gaz lacrymogènes, les arrestations, etc. Par la manipulation et l’infiltration du mouvement : il sait corrompre les leaders ou pousser à la violence les militants. Par le « clonage », en créant un mouvement parallèle, généralement plus extrémiste dans ses revendications affichées pour mieux torpiller l’action des mouvements d’origine. Toutes ces techniques ont été utilisées sans succès à In-Salah. Pour neutraliser un mouvement de contestation à motivation matérielle, le régime algérien sort quelques mil- lions de dollars du Trésor public qu’il distribue aux contestataires et achète ainsi la paix sociale. À In-Salah, ce sont tour à tour le Premier ministre, le chef de la police, le chef de la région militaire qui se sont rendus sur place et ont tenté de calmer les ardeurs de la population. Laquelle rejette toute discussion et n’exige qu’une seule chose : que le président de la République proclame l’arrêt des forages.

La contestation a pris une ampleur particulière au cours du premier trimestre 2015 . On a vu naître un peu partout à travers le pays des collectifs identiques à celui d’In-Salah, qui se sont fédé- rés au niveau national au sein d’un « collectif national Non au gaz de schiste ». Le 23 février, a été adressée au président de la République une demande de moratoire, accompagnée d’un argumentaire extrêmement bien fait dans lequel sont démontrés tous les dangers que comporte la technique de fracturation hydraulique utilisée pour extraire le gaz de schiste de la roche-mère ; les dangers pour la santé de l’homme mais aussi les risques de pollution du sol, du sous-sol, de l’air, de l’eau, no- tamment de la couche albienne qui recèle des dizaines de milliers de milliards de mètres cubes d’une eau fossile, accumulée là depuis la nuit des temps. Cet argumentaire relève également que l’exploitation du gaz de schiste est économiquement non rentable.

Dans la demande adressée au président de la République, en sus de la promulgation d’un mora- toire, il a été proposé qu’ait lieu un débat public, une confrontation d’idées entre les experts ayant préparé l’argumentaire qui y est joint et les spécialistes qui auraient préparé le dossier technique sur lequel s’est appuyé le gouvernement pour autoriser l’exploitation du gaz de schiste. À ce jour, au- cune réponse n’a été donnée par le président de la République à cette requête.

L’« assistance » américaine

Constatant que le mouvement de rejet de l’exploitation du gaz de schiste se propageait rapide- ment à travers le pays et craignent que le « virus » n’atteigne le cœur de la Sonatrach, le pouvoir a fait appel à l’assistance des États-Unis. Le 18 février de cette année il fit inviter par l’IAP (Institut algérien du pétrole) un spécialiste « indépendant » américain qui vint à Alger exposer aux cadres supérieurs de l’entreprise nationale les bienfaits que cela procurerait à l’Algérie. Effectivement, ce spécialiste, Thomas Murphy, directeur du Penn State Marcellus Center of Outreach and Research, ne dit que du bien de la fracturation hydraulique, une technique qui serait, selon son expérience per- sonnelle en Pennsylvanie, sans danger pour l’homme, pour la faune et pour la flore. Il ne fit qu’une seule recommandation, celle d’agir en toute transparence, car, dit-il, les masses populaires sont ignorantes de toutes les retombées positives que procure l’exploitation du gaz de schiste. Il faut savoir que le centre de recherches que dirige M. Murphy est chargé du suivi de l’exploita- tion du gisement de gaz de schiste de Marcellus, l’un des plus grands – si ce n’est le plus grand – aux États-Unis, et que participent au fonctionnement et au financement de ce centre pas moins de trois cents firmes, toutes intéressées à un titre ou un autre par l’exploitation du gisement. Que pou- vait donc dire d’autre M. Murphy, si ce n’est louer les bienfaits de l’exploitation du gaz de schiste ? Le gouvernement connaissait évidemment ce « détail » : c’est en toute connaissance de cause qu’il fit appel à ce représentant d’un lobby, qu’il présenta comme un expert « indépendant ».

Autre initiative américaine, la venue à Alger dans le courant de la première quinzaine de mars 2015 de Charles Rivkin, sous-secrétaire d’État aux Affaires économiques, qui fit une conférence de presse à l’ambassade des États-Unis, au cours de laquelle il déclara qu’il « n’avait pas de conseils à donner aux Algériens, mais qu’il fallait qu’ils sachent que, dans son pays, l’exploitation du gaz de schiste avait été créative d’emplois, que la technique utilisée était saine et sans dangers et que l’opé- ration était rentable ». Puis il ajoutait que « les États-Unis étaient disposés à fournir à l’Algérie l’assistance technique nécessaire, si elle le désirait ». Venant de la part d’un représentant officiel de la première puissance mondiale, c’était là plus qu’un conseil donné aux Algériens, c’était un ordre.

Pollution et hécatombe d’oiseaux

Aujourd’hui, il est certain que la pollution est déjà là. Elle est partout : dans l’air, à la surface du sol et dans le sous-sol. Il n’est qu’à voir, pour s’en convaincre, ces images diffusées sur Internet de bourbiers laissés derrière eux par les exploitants, qu’il s’agisse de Halliburton ou des foreurs de la Sonatrach. Il y a de fortes chances que la nappe d’eau phréatique, utilisée par la population locale pour ses besoins personnels, soit déjà polluée ou en voie de l’être très bientôt.

D’ailleurs des pigeons sont morts, des faucons sont morts, des volées de cigognes en migration sont mortes également. On ne connaît pas la raison exacte d’une telle hécatombe, très probablement la conséquence de la pollution des eaux et de l’air causée par les forages réalisés ou en cours dans la région. Connaîtra-t-on un jour la vérité ? Cela semble difficile, car les vétérinaires d’In-Salah ou des villes avoisinantes, sollicités pour procéder aux examens, analyses ou autopsies qui permettraient de déterminer les causes de ces morts, refusent de les faire. Ils craignent des représailles de la part des autorités dans le cas où ils viendraient à démontrer des liens de cause à effet entre les forages de gaz de schiste et ces disparitions d’oiseaux…

Exrtrait du blog de HOCINE MALTI

 

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