Gaz de #schiste : Les torchères allumées sèment le doute

Gaz de schiste : Les torchères allumées sèment le doute

le 30.10.15 | 10h00 

Les habitants d’In Salah et les militants contre l’exploitation du gaz de schiste en Algérie ignorent toujours le devenir du projet, six mois après son gel par le président de la République. Des experts et d’anciens cadres ont accepté de parler des dessous de ce dossier sensible de l’Etat.

«Du projet d’exploitation du gaz de schiste à In Salah, il ne reste que deux torches (pratique qui consiste à brûler dans des torchères le gaz issu de l’extraction) perchées sur un site quadrillé par les militaires et la Gendarmerie nationale.» Un ingénieur pétrolier originaire de cette petite ville du sud de Tamanrasset, qui a connu pendant plus de trois mois une mobilisation sans précédent contre l’exploitation du gaz de schiste en Algérie, affirme : «Les compagnies de services (des sous-traitants aux sociétés pétrolières qui s’occupent entre autres du forage et du coffrage des puits) ont réalisé ce que nous appelons dans le domaine pétrolier le Drill Stem Test (DST) ou le test par tiges de forage.

Mais l’appareil de forage, lui, est démobilisé depuis avril dernier.» Mohamed Saïd Beghoul, ancien directeur de la Division exploitation Oil&Gaz de Sonatrach, explique : «Il n’y a pas eu d’exploration de gaz de schiste à In Salah, car nous connaissons déjà l’état des réserves. Ce n’était qu’une appréciation pour essayer de savoir ce que ces schistes ont dans le ventre. C’est-à-dire l’évaluation du potentiel de production du gaz non conventionnel dans cette région.» Sur les 11 puits prévus, deux seulement ont été forés par les deux compagnies de services, Schlumberger et Haliburton. «Ces compagnies ne sont pas des investisseurs», précise Rabah Reghis, consultant et économiste spécialiste des hydrocarbures et membre du Collectif national pour un Moratoire sur les gaz de schiste (CNMGS).

Coûteux

L’ingénieur pétrolier soulève l’existence d’un troisième puits pour lequel les travaux n’ont jamais été entamés. «Le troisième forage devait être réalisé par Baker Petroleum. Il a été abandonné à cause des contestations, révèle-t-il. Quant au forage vertical, il a été confié à l’Entreprise nationale des travaux aux puits (ENTP)». Selon des proches du dossier, les 31 blocs (terrains contenant du gaz de schiste) mis en vente par Sonatrach n’ont attiré personne.

Quatre appels d’offres ont été lancés, en vain. «Un projet qui n’est pas rentable ne peut attirer les investisseurs. De plus, qui va prendre le risque de nous suivre dans cette affaire ? Personne», explique Rabah Reghis. Total, entreprise pétrolière française annoncée comme exploiteur du projet, a fini pas «se retirer».

Une information évoquée par la firme sur son site internet en janvier 2015, sans explication : «Le permis d’exploitation d’Ahnet étant arrivé à échéance le 6 juin 2014, Total n’y est plus présent depuis cette date». «L’Algérie n’a pas non plus les moyens, à l’heure actuelle, de l’exploiter, assure Rabah Reghis. Avec quoi voulez-vous que l’Etat finance un investissement très coûteux comme celui du gaz de schiste dans une période où plusieurs projets d’utilité publique ont été abandonnés à cause de la chute du prix du baril ?» Abdelmadjid Attar, ancien PDG de Sonatrach (voir interview) n’est pas de cet avis. Pour lui, le gaz de schiste représente l’avenir énergétique de l’Algérie.

Réserves

«Le secteur de l’énergie a décidé de promouvoir la recherche dans l’immédiat et l’exploitation future de ce gaz si les premiers résultats sont positifs et non contraignants, parce qu’il a dû prendre conscience de l’épuisement rapide de nos ressources dans les décennies à venir, et par conséquent de la nécessité de préparer dès maintenant les moyens et les ressources pouvant assurer la sécurité énergétique du pays dans 15 à 20 ans au plus tard», défend-il. Rabah Reghis réplique : «L’Etat a fait croire qu’en exploitant le gaz de schiste, il allait couvrir le déficit causé par la baisse du prix du baril.

C’est faux. Car il y a 1,6 million de kilomètres carrés non exploités encore de gaz conventionnel. Et puis, nous n’avons même pas écoulé les quantités du gaz produit.» L’Algérie dispose encore de 4500 milliards de mètres cubes de réserves en gaz conventionnel. Le prix à la vente des deux gaz, conventionnel et non conventionnel, est le même. La seule différence réside dans leur coût de production. Le gaz de schiste revient plus cher. Quant aux réserves algériennes des deux gaz, elles sont, selon les experts, presque les mêmes.

Mohamed Saïd Beghoul explique que l’Algérie a été prise à contre-pied par les estimations surévaluées données par les Etats-Unis : «C’est l’Agence américaine de l’énergie, spécialiste dans l’évaluation des réserves, qui a fait croire à l’Etat que l’Algérie possédait d’énormes quantités de gaz de schiste. Elle les a estimées à 20 000 milliards de mètres cubes. Ce qui nous met à la 3e place mondiale. Et puis, l’Etat a découvert que ces chiffres étaient surestimés. Nos réserves en gaz de schiste sont évaluées à seulement 5000 milliards de mètres cubes.»

Timimoun

Rabah Reghis ajoute : «Ce projet n’a pas d’avenir et n’existera que sur papier, car il n’est pas rentable. Le gouvernement va s’arrêter le jour où il payera plus qu’il en encaissera. D’ailleurs, aucune personne du gouvernement n’en parle depuis longtemps.» Si des tests ont été réalisés, ces experts avouent ne pas connaître les résultats. «Nous sommes au courant de tout ce qui se passe aux Etats-Unis, mais rien à In Salah. Personne n’a communiqué le débit journalier. Si le débit était bon, l’Etat l’aurait directement communiqué et la nouvelle serait à la une des journaux. Ce qui nous fait croire que les résultats ont été décevants», prédit l’ancien directeur de Sonatrach. Les habitants d’In Salah ne comprennent pas pourquoi les torches sont encore allumées, six mois après le gel du projet par le chef d’Etat.

Mohamed Saïd Beghoul explique : «Le but consiste à connaître la durée de vie des puits car ils n’intéresseront pas l’investisseur s’ils ne débitent que pour quelques mois.» Le seul gaz en dehors du conventionnel qui sera exploité en Algérie, c’est le tight gaz situé par les experts entre le conventionnel et le non-conventionnel. C’est un projet en développement implanté à Timimoun dans la wilaya d’Adrar. 37 puits de production prévus pour un plateau de production de 5 millions de m2/jour. Total détient 37,5% du projet, Cepsa, 11,25% et Sonatrach, 51%. La production débutera à partir de 2017.

Meziane Abane

Source de l’article « el watan« 

Lire la suite

Le gaz de #schiste en Algérie: un mouvement de contestation inédit

Capture mediapart

 

 

 

Le blog de Hocine Malti

Le gaz de schiste en Algérie: un mouvement de contestation inédit

LE GAZ DE SCHISTE EN ALGÉRIE : UN MOUVEMENT DE CONTESTATION INÉDIT 

Hocine Malti, Parlement européen, Bruxelles, 4 juin 2015

La genèse

Tout a commencé il y a une dizaine d’années quand l’Agence américaine de l’énergie a publié une étude dans laquelle l’Algérie était classée troisième au monde pour ce qui est des réserves de gaz de schiste, qu’elle avait estimées à près de 20 000 milliards de m3. Disons tout de suite que ce sont là des chiffres fantaisistes : la même agence, en utilisant les mêmes techniques d’appréciation, s’est trompée dans un rapport de un à cinq pour ce qui est des réserves de la Pologne. Pour la Cali- fornie, ce sont 96 % des réserves qu’elle avait annoncées qui n’existent pas en réalité. En Algérie, cela n’est cependant pas tombé dans l’oreille d’un sourd ; la compagnie nationale des pétroles Sona- trach, se fondant sur ces affirmations, a foré un premier puits de gaz de schiste en 2008.

En parallèle, en 2010-2011, le gouvernement s’est rendu compte que l’Algérie n’attirait plus les investisseurs étrangers, en raison d’une loi sur les hydrocarbures qui était devenue un véritable re- poussoir. Il décida alors de la changer. Il prit attache des compagnies pétrolières étrangères et entre- prit avec elles ce que l’on peut considérer comme des négociations secrètes, dans le but de savoir quelles modifications elles souhaitaient. Elles « suggérèrent » que soit révisé le système de calcul de l’impôt et que soit autorisée l’exploitation du gaz de schiste. Ce que le gouvernement fit dans une nouvelle loi sur les hydrocarbures, entérinée par le Parlement en 2013.

Les multinationales pétrolières ne se bousculèrent pas pour autant au portillon, car elles ne vou- laient pas essuyer les plâtres, tant sur le plan technico-économique qu’au plan des relations avec les populations locales. Preuve en est que lors de l’appel à la concurrence pour l’attribution de permis de recherche de septembre 2014, aucun des dix-sept périmètres censés contenir du gaz de schiste ne trouva preneur. Sonatrach se lança alors seule dans le forage de puits d’exploration. Elle a réalisé, à ce jour (autant que l’on sache, car aucune information ne filtre à l’extérieur), sept à huit puits dont deux sur le permis de l’Ahnet (région d’In-Salah).

La réaction de la population

Dès que l’on sut, déjà en 2012, que la nouvelle loi sur les hydrocarbures allait permettre l’expl- oitation du gaz de schiste, un vent de protestation se mit à souffler sur l’Algérie. Les mouvements associatifs, des spécialistes pétroliers, des journalistes, des responsables politiques, des syndicalistes manifestèrent leur opposition à ce projet. Le mouvement de protestation s’amplifia en 2013, après la promulgation de la loi. Le Premier ministre tenta de calmer le jeu et fit notamment une déclara- tion, dont le moins qu’on puisse dire est qu’elle est malheureuse : il dit que l’exploitation n’était pas prévue avant 2025, voire 2040, comme si le fait de reporter à plus tard la catastrophe la rendait plus acceptable. Il dit aussi que les produits chimiques utilisés lors de la fracturation hydraulique n’éta- ient pas plus nocifs que ceux dont sont imbibées des couches-bébé…

À In-Salah, le mouvement de protestation de la population a été plus puissant que partout ailleurs. Parce que, non seulement le forage des deux puits programmés se déroulait, on peut dire aux portes de la ville (à 28 km à vol d’oiseau), mais aussi parce que des dizaines, voire des cen- taines d’autres puits suivront, dans le cas où il serait décidé d’exploiter le gaz contenu dans ce bas- sin géologique. L’opposition de la population d’In-Salah est d’autant plus légitime qu’elle souffre de traumatismes antérieurs. C’est dans cette région qu’ont eu lieu les expériences atomiques fran- çaises des années 1960 et c’est ici aussi que se déroule une autre opération extrêmement dangereuse pour l’homme et son environnement, celle de la séquestration du CO2 dans le gisement de gaz de Krechba.

Le face-à-face autorités-population

La visite du ministre de l’Énergie, fin décembre 2014, pour inaugurer le premier puits allait mettre le feu aux poudres à In-Salah. Il s’en prenait violemment à la population qui, disait-il, avait montré par ses manifestations contre le gaz de schiste qu’elle voulait du mal à son pays et qu’elle allait en faire un nouvel Irak ou une nouvelle Libye. Dire cela à des gens connus pour leur paci- fisme et qui, après tout, ne réclament rien d’autre que le droit à la vie…

Depuis le 1er janvier 2015, c’est toute la population qui manifeste journellement, du matin au soir sur la place centrale de la ville qu’elle a débaptisée et qu’elle appelle Sahat Essoumoud (place de la Résistance). Il s’est constitué un collectif anti-gaz de schiste composé de vingt-deux membres qui veille à ce que le mouvement demeure pacifique, mais extrêmement ferme dans ses revendications. C’est là un fait inédit en Algérie, et ce pour deux raisons.C’est la première fois que l’on voit autant de femmes dans une manifestation de rue. Ailleurs à travers le pays, on ne voit d’habitude que des hommes et quelques rares femmes noyées dans la foule, alors que là il y a pratiquement autant de femmes que d’hommes. La seconde raison est que l’on a affaire à un mouvement citoyen sans motivations politiques ni matérielles. Cette foule ne dit pas « Bouteflika, dégage ! » et ne demande pas d’argent ou de privilèges particuliers. Et ça, le pouvoir ne sait pas traiter. Il sait comment casser un mouvement de contestation politique. Par la matraque, les gaz lacrymogènes, les arrestations, etc. Par la manipulation et l’infiltration du mouvement : il sait corrompre les leaders ou pousser à la violence les militants. Par le « clonage », en créant un mouvement parallèle, généralement plus extrémiste dans ses revendications affichées pour mieux torpiller l’action des mouvements d’origine. Toutes ces techniques ont été utilisées sans succès à In-Salah. Pour neutraliser un mouvement de contestation à motivation matérielle, le régime algérien sort quelques mil- lions de dollars du Trésor public qu’il distribue aux contestataires et achète ainsi la paix sociale. À In-Salah, ce sont tour à tour le Premier ministre, le chef de la police, le chef de la région militaire qui se sont rendus sur place et ont tenté de calmer les ardeurs de la population. Laquelle rejette toute discussion et n’exige qu’une seule chose : que le président de la République proclame l’arrêt des forages.

La contestation a pris une ampleur particulière au cours du premier trimestre 2015 . On a vu naître un peu partout à travers le pays des collectifs identiques à celui d’In-Salah, qui se sont fédé- rés au niveau national au sein d’un « collectif national Non au gaz de schiste ». Le 23 février, a été adressée au président de la République une demande de moratoire, accompagnée d’un argumentaire extrêmement bien fait dans lequel sont démontrés tous les dangers que comporte la technique de fracturation hydraulique utilisée pour extraire le gaz de schiste de la roche-mère ; les dangers pour la santé de l’homme mais aussi les risques de pollution du sol, du sous-sol, de l’air, de l’eau, no- tamment de la couche albienne qui recèle des dizaines de milliers de milliards de mètres cubes d’une eau fossile, accumulée là depuis la nuit des temps. Cet argumentaire relève également que l’exploitation du gaz de schiste est économiquement non rentable.

Dans la demande adressée au président de la République, en sus de la promulgation d’un mora- toire, il a été proposé qu’ait lieu un débat public, une confrontation d’idées entre les experts ayant préparé l’argumentaire qui y est joint et les spécialistes qui auraient préparé le dossier technique sur lequel s’est appuyé le gouvernement pour autoriser l’exploitation du gaz de schiste. À ce jour, au- cune réponse n’a été donnée par le président de la République à cette requête.

L’« assistance » américaine

Constatant que le mouvement de rejet de l’exploitation du gaz de schiste se propageait rapide- ment à travers le pays et craignent que le « virus » n’atteigne le cœur de la Sonatrach, le pouvoir a fait appel à l’assistance des États-Unis. Le 18 février de cette année il fit inviter par l’IAP (Institut algérien du pétrole) un spécialiste « indépendant » américain qui vint à Alger exposer aux cadres supérieurs de l’entreprise nationale les bienfaits que cela procurerait à l’Algérie. Effectivement, ce spécialiste, Thomas Murphy, directeur du Penn State Marcellus Center of Outreach and Research, ne dit que du bien de la fracturation hydraulique, une technique qui serait, selon son expérience per- sonnelle en Pennsylvanie, sans danger pour l’homme, pour la faune et pour la flore. Il ne fit qu’une seule recommandation, celle d’agir en toute transparence, car, dit-il, les masses populaires sont ignorantes de toutes les retombées positives que procure l’exploitation du gaz de schiste. Il faut savoir que le centre de recherches que dirige M. Murphy est chargé du suivi de l’exploita- tion du gisement de gaz de schiste de Marcellus, l’un des plus grands – si ce n’est le plus grand – aux États-Unis, et que participent au fonctionnement et au financement de ce centre pas moins de trois cents firmes, toutes intéressées à un titre ou un autre par l’exploitation du gisement. Que pou- vait donc dire d’autre M. Murphy, si ce n’est louer les bienfaits de l’exploitation du gaz de schiste ? Le gouvernement connaissait évidemment ce « détail » : c’est en toute connaissance de cause qu’il fit appel à ce représentant d’un lobby, qu’il présenta comme un expert « indépendant ».

Autre initiative américaine, la venue à Alger dans le courant de la première quinzaine de mars 2015 de Charles Rivkin, sous-secrétaire d’État aux Affaires économiques, qui fit une conférence de presse à l’ambassade des États-Unis, au cours de laquelle il déclara qu’il « n’avait pas de conseils à donner aux Algériens, mais qu’il fallait qu’ils sachent que, dans son pays, l’exploitation du gaz de schiste avait été créative d’emplois, que la technique utilisée était saine et sans dangers et que l’opé- ration était rentable ». Puis il ajoutait que « les États-Unis étaient disposés à fournir à l’Algérie l’assistance technique nécessaire, si elle le désirait ». Venant de la part d’un représentant officiel de la première puissance mondiale, c’était là plus qu’un conseil donné aux Algériens, c’était un ordre.

Pollution et hécatombe d’oiseaux

Aujourd’hui, il est certain que la pollution est déjà là. Elle est partout : dans l’air, à la surface du sol et dans le sous-sol. Il n’est qu’à voir, pour s’en convaincre, ces images diffusées sur Internet de bourbiers laissés derrière eux par les exploitants, qu’il s’agisse de Halliburton ou des foreurs de la Sonatrach. Il y a de fortes chances que la nappe d’eau phréatique, utilisée par la population locale pour ses besoins personnels, soit déjà polluée ou en voie de l’être très bientôt.

D’ailleurs des pigeons sont morts, des faucons sont morts, des volées de cigognes en migration sont mortes également. On ne connaît pas la raison exacte d’une telle hécatombe, très probablement la conséquence de la pollution des eaux et de l’air causée par les forages réalisés ou en cours dans la région. Connaîtra-t-on un jour la vérité ? Cela semble difficile, car les vétérinaires d’In-Salah ou des villes avoisinantes, sollicités pour procéder aux examens, analyses ou autopsies qui permettraient de déterminer les causes de ces morts, refusent de les faire. Ils craignent des représailles de la part des autorités dans le cas où ils viendraient à démontrer des liens de cause à effet entre les forages de gaz de schiste et ces disparitions d’oiseaux…

Exrtrait du blog de HOCINE MALTI

 

Lire la suite

Entretien avec José Bové : « Il faut que le gouvernement algérien arrête de s’entêter sur le gaz de #schiste »

tsa-algerie-logo

Entretien avec José Bové : « Il faut que le gouvernement algérien arrête de s’entêter sur le gaz de schiste »

le 2 mars 2015 à 22 h 00 min – Propos recueillis par Hadjer Guenanfa @HadjerGuenanfa.

Député français au Parlement européen, José Bové est également un célèbre militant altermondialiste connu pour son combat contre les OGM. Entretien.

Vous êtes opposé à l’exploitation du gaz de schiste en Algérie. Est-ce que le débat autour de cette question est tranché vu que les techniques continuent à évoluer ?

Il faut arrêter de dire que les techniques évoluent parce que cela n’est pas vrai. La preuve éclatante est la présence de Halliburton à In Salah. En fait, la fracturation hydraulique est la seule technique industriellement utilisable (pour l’extraction du gaz de schiste). Et la seule firme qui sait utiliser cette technique est l’américaine Halliburton.

La question posée par les manifestants à In Salah aujourd’hui est celle qui a été posée chez nous et dans d’autres pays européens : est-ce que la fracturation hydraulique ne constitue pas une menace pour les eaux souterraines et les eaux de surface ? La réponse est claire : la fracturation hydraulique est une véritable menace et c’est pour cela que la France s’est dotée d’une loi qui interdit l’utilisation de cette technique. À In Salah, on est dans une zone d’oasis avec des quantités d’eau limitées. Exploiter le gaz de schiste veut dire chasser tous les habitants de la ville et de la région et c’est évidemment inacceptable. Aujourd’hui, la remise en cause du gaz de schiste est quelque chose qui est absolument indispensable.

Mais de nombreux pays dont les Etats-Unis, le Canada et l’Arabie Saoudite exploitent le gaz de schiste…

La majorité des scientifiques reconnaissent la dangerosité de cette technique (fracturation hydraulique). En Europe, aucun pays n’est véritablement entré dans la phase de l’exploitation et il y en a très peu où la prospection risque d’avoir lieu. Dans les pays où il y aurait de grandes réserves comme la Pologne, les entreprises sont parties. En Bulgarie, c’est interdit. Donc au niveau européen, on ne peut pas dire que ça soit un succès. Même aux Etats-Unis, de plus en plus d’Etats interdisent l’utilisation de la fracturation hydraulique. On constate un frein concernant l’exploration qui est dû non seulement aux coûts mais aussi à la mobilisation dans un certain nombre d’Etats dont le Texas qui est en train de remettre en cause la fracturation hydraulique. Au Canada, ça dépend des Etats. Le Québec, par exemple, a mis en place un moratoire. Je pense qu’on est à un tournant et que le gaz de schiste n’a aucun avenir dans le monde.

Le gouvernement algérien parle d’exploration et assure que l’exploitation n’est pas encore à l’ordre du jour…

On ne peut pas faire de l’exploration sans fracturation hydraulique. Donc, il n’y aucune différence entre exploration et exploitation quand on parle de gaz de schiste. Et à partir du moment où on fracture pour explorer, on met en péril les nappes aquifères et les autres surfaces.

Vous êtes très critique par rapport à Total. Que fait exactement la compagnie pétrolière française dans le domaine du gaz de schiste en Algérie ?

Total ambitionnait, il y a quelques années, de se positionner clairement dans le domaine du gaz de schiste. La compagnie avait essayé de lancer des projets en France avant d’en lancer en Pologne puis de prendre des parts aux Etats-Unis. En fait, ils ont essayé d’aller un peu partout. Or, Total était parfaitement consciente des risques environnementaux. Après avoir arrêté en France et s’être retirée de la Pologne, je pense qu’on espérait qu’un contexte politique plus favorable en Algérie leur permettrait d’avancer.

Aujourd’hui, comme les autres grandes compagnies, ça m’étonnerait que Total continue (dans ces projets) parce que les coûts d’exploitation sont beaucoup plus élevés que dans les hydrocarbures conventionnels. Et pour ces entreprises qui perdent de l’argent avec la baisse des prix des hydrocarbures au niveau international, le premier retrait se fait sur (les projets de) gaz de schiste. Ce sont les premiers investissements dans lesquels ils coupent dans les financements et c’est ce qu’a clairement indiqué Total.

Avez-vous des éléments selon lesquels Total est ou était présente dans l’exploration du gaz de schiste en Algérie ?

Au départ, Total était présente dans le domaine de gaz de schiste. À ma connaissance, le travail a été complètement repris par Sonatrach. Donc ils ont été au point de départ pour le lancement du projet (après 2010) et je pense qu’ils se sont mis, eux-mêmes, en sommeil en Algérie.

Est-ce que le gouvernement français a joué un rôle ?

Je n’ai pas d’éléments là-dessus. Mais quand on parle d’hydrocarbures, les liens entre le pouvoir politique et le pouvoir économique sont étroits. Disons que le gouvernement français a été au courant et a certainement soutenu Total dans cette initiative. Je suis à peu près certain qu’ils ont même servi d’intermédiaire avec le gouvernement algérien.

Lors de la visite du président Hollande, Laurent Fabius annonçait l’exploitation du gaz de schiste en Algérie…

Je pense que Total est venu avec la bénédiction des gouvernements français et algérien.

Comptez-vous mener des actions concrètes pour soutenir les manifestants d’In Salah ?

Pour l’instant, il y a beaucoup de soutiens qui se manifestent à travers les appels au niveau des réseaux européens et nationaux. L’information est en train de circuler de manière très forte au niveau de tous les collectifs pour que les gens se mobilisent en France et dans tous les pays européens pour les opposants d’In Salah et de l’ensemble de l’Algérie.

Avec la répression qu’il y a eu (au cours de ces dernières 48 heures, ndlr), il faudra peut-être qu’on passe à un stade supérieur. Il faut que le gouvernement algérien arrête de s’entêter et doit suspendre de manière très claire les projets de prospection. Mais l’émergence d’une vraie mobilisation sur tout le territoire autour d’une question environnementale pour la première fois en Algérie est peut être la bonne nouvelle de cette histoire tragique d’In Salah.

source de l’article http://www.tsa-algerie.com/ 

#algerie Sonatrach fore le premier puits de gaz de #schiste en utilisant une boue dangereuse pour l’environnement

Capture algérie patriotique

Sonatrach fore le premier puits de gaz de schiste en utilisant une boue dangereuse pour l’environnement

Sonatrach interdit la boue de forage à l'huile aux compagnies étrangères et l'utilise elle-même. D. R.

Sonatrach interdit la boue de forage à l’huile aux compagnies étrangères et l’utilise elle-même. D. R.

Algeriepatriotique a appris de sources sûres que Sonatrach a effectivement commencé le forage du premier puits d’exploration de gaz du schiste à In Salah, plus précisément dans le bassin d’Ahnet. La société nationale des hydrocarbures a prévu de forer onze puits sur une période allant de sept à treize ans, indiquent les mêmes sources. Ce forage effectué «à 100%» par Sonatrach à travers sa filiale ENTP (Entreprise nationale des travaux aux puits) utilise une boue à l’huile «connue pour être la pire de tous les fluides de forage», s’inquiètent nos sources. Ces dernières expliquent le recours à ce fluide au lieu de la boue à l’eau «qui est recommandée dans tous les types de forage» pour des raisons économiques. «Mais la boue à l’huile synthétique provoque des effets écologiques catastrophiques», alertent nos sources, qui s’étonnent que Sonatrach interdise l’utilisation de ce procédé nuisible à l’environnement aux compagnies étrangères tout en y recourant elle-même pour le forage du premier puits de gaz de schiste. «Sonatrach est très stricte quant à l’utilisation des fluides de forage. Elle interdit l’utilisation de la boue à l’huile pour ses effets néfastes sur l’environnement. Il est donc inconcevable qu’elle l’utilise dans ce premier puits dont elle a commencé le forage pour l’exploration du gaz de schiste», insistent nos sources. Ce type de boue de forage, à laquelle est ajouté un nombre conséquent d’additifs chimiques ou naturels, atteint un niveau de pollution très élevé comme celle causée par la fracturation hydraulique. La décision du gouvernement d’exploiter le gaz de schiste a fait couler beaucoup d’encre. Algeriepatriotique s’est déjà fait l’écho(*) de l’existence d’accords secrets entre Alger et Paris concernant ce projet cher au gouvernement français qui a reçu l’aval des plus hautes autorités algériennes pour faire profiter les entreprises françaises de ce marché juteux, l’exploitation de cette ressource étant interdite en France. Bien que Paris s’intéresse de très près à l’exploitation du gaz de schiste en Algérie, c’est néanmoins Sonatrach qui a commencé le premier forage et non pas une société française. Une façon, pensent nos sources, d’éviter une nouvelle levée de boucliers, l’annonce de la décision prise par l’Algérie de recourir à cette énergie non conventionnelle ayant été faite par le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius. Nos sources sont certaines, en tout cas, que «dans peu de temps, nous verrons les sociétés françaises Total ou GDF Suez se mettre à l’œuvre dans le Sahara algérien».
Mohamed El-Ghazi
(*) 
Articles du 20 décembre 2012, du 14 mars 2014, du 22 mai et du 27 mai 2014.

COMMUNIQUE de soutien au peuple algérien des collectifs français NON aux pétrole et gaz de schiste et de houille

Pour information
en appui de l’action menée devant l’ambassade d’Algérie en France ce WE prochain, voici un communiqué de presse que les collectifs français vont envoyer aux ministères concernés (énergie, environnement, affaires étrangères) ainsi qu’à la presse française et algérienne 

COMMUNIQUE de soutien au peuple algérien
des collectifs français NON aux pétrole et gaz de schiste et de houille

Le 7 juin 2014
Alors que la fracturation hydraulique est interdite en France depuis juillet 2011, en grande partie sous la pression citoyenne, le gouvernement français multiplie les contacts avec l’Algérie et y envoie une fois encore[1], les 8 et 9 juin prochains, son émissaire, Laurent Fabius, partisan avec Ségolène Royal et Arnaud Montebourg de la « porte non totalement fermée au gaz de schiste ». Un VRP qui arrive à point nommé pour répondre à l’invitation explicite d’un président algérien à bout de souffle. Abdelaziz Bouteflika vient en effet d’accorder son feu vert à l’exploitation des gaz de schiste dans son pays, et son Conseil des ministres de « donner son accord pour le lancement des procédures requises en direction des partenaires étrangers ».
La France va donc pouvoir participer activement à l’exploitation sans scrupules des dernières gouttes de pétrole et de gaz du sous-sol maghrébin. Mais à quel prix économique, environnemental et social pour les Algériens ? Notre gaz et notre pétrole auront en tous les cas un prix inacceptable : celui de la destruction de territoires et de ressources indispensables à la vie, et celui du mépris de populations amies non informées et non consultées.

Après les essais nucléaires des années 1960, dont la population locale souffre encore, la France va-t-elle aujourd’hui contribuer à faire du Sud algérien un nouveau terrain d’expérimentation pour des techniques d’exploitation des hydrocarbures non conventionnels alternatives à la fracturation hydraulique et peu – ou non encore – éprouvées comme la fracturation à l’heptafluoropropane, à l’hélium, ou la stimulation électrique, etc.

Qu’adviendra-t-il de la précieuse nappe de l’Albien, réservoir d’eau fossile, piégée dans les roches depuis des dizaines de milliers d’années, qui s’étend sous le Maroc, la Tunisie, l’Algérie, et la Lybie et qu’une surexploitation menace déjà ?

Alors que déjà sur le sol français les autorités sont dans l’incapacité de répondre aux interrogations des citoyens sur le devenir des effluents toxiques et radioactifs issus de forages d’hydrocarbures, qu’adviendra-t-il de ces rejets semi-liquides et hautement polluants dans un pays ou la démocratie chancelle ? Qui se souciera du recyclage de ces effluents, sans parler de la provenance des millions de mètres cube d’eau nécessaire à l’exploitation des hydrocarbures non conventionnels, une eau qui déjà fait défaut aux agriculteurs dans une bonne partie de l’Algérie ?

Les membres des collectifs français NON aux pétrole et gaz de schiste et de houille sont écœurés de voir les gouvernants de la « patrie des droit de l’homme », la Res publica, se fourvoyer dans une compromission où seul compte le profit de quelques financiers et industriels, dans une Algérie où l’État de droit n’existe pas et où la résistance populaire est sous la menace d’un régime sans scrupule.

Ils affirment qu’en Algérie comme en France la transition écologique peut et doit être mise en œuvre, les territoires valorisés via leurs ressources renouvelables, telles que l’agriculture, ou le tourisme.

Ils manifestent leur totale solidarité avec le peuple algérien et ne peuvent que renouveler leur opposition ferme à l’exploration et à l’exploitation des gaz et huiles de schiste qu’ils ne veulent ni ici ni ailleurs.

[1] http://basedoc.diplomatie.gouv.fr/exl-doc/FranceDiplomatie/PDF/ppfr2014-06-03.pdf
Premiers Collectifs signataires

Collectif de Montpeyroux (34)
Collectf NGDS Canal Lirou (34)
Collectif stop gaz de schiste Anduze (30)
Collectif citoyen Ile-de-France non aux gaz et pétrole de schiste et de couche (Ile-de-France, Paris)
Collectif « Montpellier Littoral contre les gaz, pétrole de schiste! »(34)
Collectif NPGDS du Bocage gâtinais (77 – 89 – 45)
Collectif Houille ouille ouille 59/62
Collectif Orb-Jaur non au gaz de schiste (34)
Collectif 91 non au gaz et petrole de schiste
Collectif bassin de Thau (34)
Collectif Sète (34)
Eco’lectif Dégaze Gignac et Environs (34)
Collectif du Céressou (34)
Collectif GAZPART (02)
Collectif Florac Non au Gaz de Schiste (48)
Collectif Causse Méjean – Gaz de Schiste NON ! (48)
Collectif Non Gaz La Canourgue (48)
Collectif Citoyen du Narbonnais (11) Non Gaz et Pétrole de Schiste
Collectif Garrhodstopgaz Gard Rhodanie (30)
Collectif Garrigue-Vaunage (30)
Collectifs Isérois Stop aux GHRM (38)
Collectif 32 Non au gaz de schiste
Collectif briard (77)
Collectif citoyen stop gaz de schiste et de couche Lorraine et d’Alsace (54, 55, 57, 88)
Les Dindons de la Farce
Collectif de Barjac(30)
Les Taupes Enervées
Collectif « non au pétrole de schiste » du Pays-Fertois (77)
Collectif du Grand Valentinois (26)
Collectif 91 Non au gaz et huile(pétrole) de schiste
Collectif des Taupes Enervées
Collectif Non au gaz de Schiste Les Arcs Sur Argens – 83
Halte gaz de schiste littoral biterrois(34)
Collectif Haut-Bugey non aux forages d’hydrocarbures (01)
Collectif du Pays de Coulommiers (77)
Collectif Non au Gaz et Huile de Schiste (47)
Collectif 07 Stop au Gaz et Huiles de Schiste (07)
Collectif Stop au Gaz de Schiste Payzac (07)
Collectif Rencontres Citoyennes à Rochemaure (07)
Stop gaz de schiste 69
Collectif Stop gaz de schiste 39
collectif de vigilance CAMIS’GAZ (30)

Stop TAFTA

NO GAZARAN ! Ni Ici, Ni Ailleurs, Ni Aujourd’hui, Ni Demain
Robert PILLI – Référent Collectif Nord Isère Stop aux GHRM
UBUNTU ! « Je suis parce que nous sommes ! »
Tél: +33 631 793 392 – Mail: soutienrecours@gmail.com
★ Ne doutez jamais qu’un petit groupe de gens réfléchis et engagés puisse changer le monde.
En fait, c’est toujours comme cela que ça s’est passé.★ – Margaret Mead (1901 – 1978) – Anthropologue.